LomoWomen : Les Mains Bleues, les cyanotypes de @katemissud

Tout au long du mois de Mars, nous mettons en avant le travail photographique de femmes qui ont captivé notre attention. Aujourd'hui, nous vous présentons le projet Les Mains Bleues de la membre de notre Communauté @katemissud. Elle nous en dit plus sur cette pratique pour laquelle elle pense qu'il est nécessaire de "laisser son imagination et sa sensibilité s'exprimer". Découvrez ses cyanotypes de végétaux et de son voyage en Iran, tout en lisant notre interview :

Cyanotypes de la série Végétaux. Photo 1 : Mimosa du jardin. Photo 2 : Souchet rond.

Hello Kate, pourrais-tu te présenter rapidement ? Quand est-ce que tu as commencé à prendre des photos ? Quelle place cela occupe dans ta vie aujourd'hui ?

Hello Lomography ! Je m'appelle Kathleen, j'ai 28 ans.

J'ai toujours eu un intérêt prononcé pour la photographie. Adolescente j'aimais passer des après-midis "shooting" avec une copine. À cette période je voyageais beaucoup avec mes parents, ils m'avaient offert un petit numérique comme ça j'évitais de piquer celui de mon père et je faisais mes propres photos et souvenirs. J'ai commencé à toucher à l'argentique au lycée, avec un Zenith offert par mon grand-père. À la fac j'allais à presque toutes mes soirées, festivals et voyages avec un kodak jetable en poche. À ce moment là, je voulais garder des traces de tous ces bons moments entre amis sans me prendre la tête. Puis il s'est passé quelques années où j'ai un peu délaissé l'argentique au détriment du téléphone, jusqu'à ce que je glisse un Pentax dans mon sac à dos pour partir au Laos. Depuis il ne me quitte plus. J'ai appris à développer mon regard à force de pratique et en observant le travail des autres auquel je suis sensible.

J'ai grandi, mes habitudes, mes intérêts et envies ont évolués. Ce qui m'anime par dessus tout c'est le voyage, l'humain, les scènes du quotidien. Ma pratique tend de plus à plus à se tourner vers le reportage. La photographie occupe aujourd'hui une place omniprésente dans ma vie puisque j'ai décidé de m'y consacrer pleinement en montant "Les Mains Bleues", un projet autour de la cyanographie.

Cyanotypes de la série Souvenirs d'Iran. Photos 1 : Palmiers, Hengam Island. Photo 2 : Dans les rues de Hormuz.

Tout le mois de mars nous mettons les femmes à l'honneur sur notre magazine. En tant que femme et artiste, quelle est ton expérience dans le monde de l’art et de la culture ? As-tu l'impression que le genre a de l’importance ? As-tu des expériences positives ou négatives à partager avec nous ?

Les inégalités femmes-hommes sont omniprésentes dans la société, peu importe le secteur d'activité et le monde de la culture est un milieu aussi sexiste que les autres. Les femmes se heurtent à de nombreux obstacles pour pouvoir se faire une place, se faire entendre, respecter et obtenir de la reconnaissance. Le problème est toujours le même, les décideurs et dirigeants sont quasiment que des hommes.

J'ai fait mes études dans le spectacle vivant et pendant plusieurs années j'ai travaillé à la production de festivals de musique de renoms. Être une femme dans ce milieu n'est pas évident. Il faut sans cesse faire ses preuves, on te sous-estime facilement et tu fais souvent face à des hommes qui ne te prennent pas au sérieux car tu es une femme, qui plus est jeune. Il faut que tu rentres dans les cases, leurs cases, il faut être souriante, douce et polie pour ne pas trop bousculer et déranger. Mes collègues et les responsabilités que j'avais m'ont aidée à m'affirmer et m'imposer, en tant que personne et en tant que femme, ce qui m'a grandement aidé à prendre confiance en moi.

En tant que photographe je ne ressens pas cette pression au quotidien, il faut dire que c'est encore tout nouveau pour moi. Mais une fois je prenais des photos dans les rues de Saint-Ouen et un groupe de mecs m'a abordée pour que je prenne leurs portraits. Quand je leur ai envoyé les photos par mail, leurs réactions ont été vraiment surprenantes, ils étaient comme choqués du résultat, comme si sur le coup ils ne m'avaient pas du tout pris au sérieux. Je sais pas trop comment expliquer ce que j'ai ressenti mais j'ai eu l'impression que je manquais de crédit de par mon sexe et mon physique. J'ai eu aussi droit à un mec qui a voulu m'embrasser de force parce que comme je l'avais photographié sur le vif, selon lui ça voulait forcement dire que j'étais attirée et disponible... En Iran un homme âgé m'a montré son sexe dans la rue après que je l'ai photographié et suivi pour qu'il me montre où était le bazar... Sur le coup ces expériences m'ont mises en colère, je me suis sentie vulnérable, ça m'a mis face au fait que je suis une femme et qu'il faut que je fasse attention car malheureusement je ne peux pas avoir des rapports juste d'humain à humain avec tout le monde.

Cyanotypes de la série Végétaux. Photos 1 & 2 : Ruscus. Photo 3 : Feuilles de carotte sauvage. Photo 4 : Fougère.

Peux-tu nous en dire plus sur ton projet les Mains Bleues ?

Les Mains Bleues est un projet artistique tourné vers la pratique de la cyanographie. Je l'ai monté il y a quelques mois car j'avais envie de m'investir dans un projet personnel réunissant mes passions et d'adopter un mode de vie plus proche de la nature, plus à l'écoute de soi. Les Mains Bleues est très vite devenu un projet porté à deux. Il a mûri tout l'été, après avoir fait la rencontre de Lenny et durant lequel nous avons passé beaucoup de temps à s'essayer à cette technique, sous le soleil du Limousin.

Nous réalisons des cyanotypes à partir de végétaux cueillis lors de nos balades mais ils proviennent aussi de jardins, potagers d'amis, fleuristes. Nous les séchons et pressons ensuite dans notre atelier. Nous réalisons également des cyanotypes à partir de mes photographies. En parallèle nous animons des ateliers de découverte et d'initiation à destination des enfants et adultes. Les Mains Bleues est également un studio photo qui propose de tirer des portraits en cyanotypes en festivals et divers événements.

L'objectif est que Les Mains Bleues devienne en 2021 un studio photo nomade et itinérant à travers la France, l'Europe, voire plus loin... Le projet est de vadrouiller en camping-car et de proposer des ateliers, de photographier et dresser le portrait de lieux, d'hommes et de femmes rencontrés sur les routes. Nous souhaitons aussi profiter de ce périple pour confectionner un herbier géant et illustrer les différents paysages parcourus à travers des cyanotypes de ces végétaux.

Cyanotypes de la série Souvenirs d'Iran. Photo 1: Vendeur de pop corn, Bandar Abbas. Photos 2 & 3 : Front de mer, Hormuz Island. Photo 4 : Gare routière, Yazd.

Pourquoi cette volonté d'utiliser cet ancien procédé photographique qu'est le cyanotype ? Qu'est-ce que cela t'apporte par rapport au reste de ta pratique de photographe ?

C'est une amie qui m'a initiée à cette technique l'année dernière, dans les rues de Paris. La découverte de la cyanographie a fait écho en moi. J'ai tout de suite été séduite par son rendu, son bleu intense, par le rituel de préparation, les différentes étapes de création, son côté artisanal... Une ode à la lenteur et à la créativité. Je trouve que cette technique donne une tout autre dimension aux végétaux, aux portraits, aux paysages etc. Il y a quelque chose d'intemporel, de poétique et de magique. C'est aussi pour moi un moyen de créer, innover et diversifier mes projets. Je ressens un réel plaisir à tirer mes photographies en cyanotypes, c'est toujours la surprise de savoir si le tirage est réussi, si le temps d'exposition était correct ou s'il faut recommencer, en somme comme dans un labo classique. L'avantage avec la cyanographie est que tu peux pratiquer partout, chez toi, dans la rue, dans la nature; c'est ce qui me plaît. Les Mains Bleues me permet d'allier toutes mes passions, c'est-à-dire la photographie, le voyage, l'événementiel, la musique...

Cyanotypes de la série Souvenirs d'Iran. Photo 1 : Marché, Bandar Abbas. Photo 3 : Fin de marché, Bandar Abbas. Photo 4 : Marché, Bandar Abbas.

Est-ce que tu t'intéresse à d'autres procédés anciens ?

Je m'y intéresse depuis peu, la cyanographie m'a donné envie de découvrir d'autres techniques. Je suis de près des photographes qui travaillent l'ambrotype (négatif sur plaque de verre au collodion humide), le calotype (positif tiré sur du papier salé), l'anthotype (technique d'impression à la chlorophylle - que j'aimerai bien essayer prochainement).

Cyanotypes de la série Végétaux. Photo 1 : Cartes postales. Photo 2 : Cyca de Sicile.

Est-ce que tu as un cyanotype préféré parmi tes réalisations, si oui lequel et pourquoi ?

J'ai un faible pour le marchand de thé et la femme Bandari mais je dirais que mon préféré est celui des montagnes enneigées de Zarand. L'originale est un cliché argentique N&B où l'on a du mal à discerner si c'est de la neige ou du sable. Je trouve qu'en cyanotype le mystère est encore plus entier, le paysage est comme suspendu dans le temps et l'espace. C'est d'ailleurs avec cette photographie que j'ai testé pour la première fois ce procédé !

Cyanotypes de la série Souvenirs d'Iran : Marchand de Thé - Yazd, Femme Bandari - Bandar Abba et Montagnes enneigées - Zarand.

As-tu des conseils à donner aux personnes qui voudraient expérimenter avec le cyanotype ?

De se lancer ! Faire des tests, laisser son imagination et sa sensibilité s'exprimer. C'est une technique à la portée de tous. La cyanographie permet d'obtenir des résultats variés et surprenants même si le rendu sera toujours bleu (c'est possible de virer le tirage au sépia avec du thé/café). On peut vraiment s'amuser et j'ai été surprise par les cyanotypes réalisés lors de nos ateliers, je trouve que ça en dit beaucoup sur la personnalité des participants, c'est intéressant et enrichissant.

Cyanotypes de la série Végétaux. Photo 1 : Réalisation dans la rue sur tissus. Photo 2 : Fougère, double exposition. Photo 3 : Fougère.

Des ateliers ou évènements à venir avec les Mains Bleues ?

Nous avons récemment animé nos deux premiers ateliers et nous avons eu de très bons retours donc on était ravis ! De prochaines dates arrivent. La série "Souvenirs d'Iran" a été sélectionnée et sera exposée au festival Itinéraires Photographiques en Limousin en juin prochain. Et du côté du studio photo, pour le moment il est programmé sur deux festivals, à Graines de Rue (Limousin) fin mai et au Hoop Festival (Dordogne) en août.

Sinon l'e-shop est enfin en ligne ! Les journées sont bien remplies car c'est le lancement du projet donc plein de choses se mettent en place et sont à venir, c'est très motivant !

Cette période de confinement va être le moment pour nous de prendre de temps pour créer, expérimenter sur de nouveaux supports. Nous allons aussi en profiter pour faire quelques semis de fleurs dans le jardin pour de futurs cyanotypes.


Retrouvez les Mains Bleues sur le site et l'Instagram du projet.
Et Kate Missud sur sa LomoHome et sur son Instagram.

écrit par florinegarcin le 2020-03-25 dans

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