DAILY TOTEM de Laura Bonnefous, une série réalisée avec le Lomo'Instant Square

2017-08-30 1

Aujourd'hui, certains artistes ont tendance à se (re)tourner vers le studio afin de réaliser des incroyables photographies et de penser la fabrique des images. La photographe plasticienne Laura Bonnefous a utilisé le Lomo’Instant Square pour réaliser sa série DAILY TOTEM. Dans ses photographies elle détourne des objets du quotidien pour composer des images surréalistes dans son studio atelier.

Bonjour Laura, peux-tu te présenter à la communauté Lomography ? Nous parler de ton histoire avec la photographie ?

Je suis photographe plasticienne depuis quelques années, je travaille à Paris ou je développe une pratique de la photographie à travers des projets d’expositions et de commandes.
J’ai une pratique sculpturale de la photographie qui traite principalement de l’espace et de l’objet traduit par une dimension poétique de celle-ci. J’aime me saisir de ce réel pour le transposer, le dénuder de son sens commun puis me le réapproprier et le transposer dans un paysage plus mental, plus onirique. L’aspect sculptural et pictural de mes recherches en découle ainsi que la direction surréaliste vers laquelle je tente d’aller dans chacun de mes projets.
J’aime à croiser mes projets personnels et de commande, à introduire différents médiums tels que la performance ou la littérature dans chacun de mes travaux, j’aime cette liberté de champs d’action qui me permet de ne pas m’enfermer.

Quels conseils donnerais-tu as une personne qui voudrait faire les mêmes choses que toi ?

De ne pas faire les mêmes choses que moi ni les mêmes choses que personne d’autre ! :)
Je pense que le premier conseil que je pourrais donner c’est justement de développer son propre univers, de chercher son propre chemin de création. Évidemment nous avons tous des inspirations, des artistes qui nous sont chers et qui nous influencent dans notre parcours mais l’essentiel est justement de faire sa propre expérience, d’aller toujours plus loin dans les questions et émotions qui sont au plus profond de nous !

Quels conseils donnerais-tu à ton futur toi dans 15 ans ?

De continuer, de pousser toujours plus loin mes recherches, de ne jamais lâcher et surtout de rester créative, de continuer à oser !

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

J’ai depuis toujours une attraction pour les formes qui nous entourent, les relations que nous entretenons avec les objets et l’influence qu’ils ont sur nous. Je suis une amoureuse des objets car je dessine en eux d’infinies possibilités de les transformer afin d’entrevoir le monde différemment. C’est en quelque sorte une transposition poétique de notre quotidien pourrions-nous dire. Aussi les contours, les vides, les pleins, m’inspirent et m’animent plus que tout, c’est finalement les choses les plus simples qui deviennent souvent les matières premières à mes expérimentations et mes créations plastiques. Chaque expérience simple de la vie devient alors source d’inspiration, le collectif Fluxus qui défendait l’idée de l’art et et de la vie comme terrain d’expérimentation m’a d’ailleurs beaucoup influencé au début. Tout comme les travaux littéraires de personnages comme Perec, Barthes ou Queneau qui questionnaient l’objet dans sa forme la plus essentielle. Le vêtement en est l’exemple même, j’aime lier la mode à ma pratique artistique car elle est pour moi une excellente source d’expérimentation de notre relation au corps et au temps qui passe. La vie est finalement mon terrain de jeu, elle m’anime dans sa forme la plus simple et j’aime la transposer hors du réel.

Je repense d’ailleurs souvent à cette citation issue du livre Espèces d’Espaces de Georges Perec : « Vivre c’est passer d’un espace à un autre en essayant le plus possible de ne pas se cogner ».

Peux-tu nous parler de la série que tu as réalisée avec le Lomo’Instant Square ?

Le série que j’ai réalisée avec le Lomo’Instant Square s’appelle DAILY TOTEM. Elle formule une expérimentation sur les objets du quotidien. J’ai sélectionné durant plusieurs jours des objets, formes, des choses simples de la vie courante pour tenter de les assembler et en faire des sculptures d’un jour. Nous oublions leur fonction première, nous les redécouvrons dans un jeu d’équilibre, de couleurs et de forme qui les déplace complètement de la réalité. Ces formes hybrides deviennent elles même des objets nouveaux, le résultat d’une expérience surréaliste. J’ai réalisé ces images en m’inspirant beaucoup des poèmes surréalistes d’André Breton, d’accumulation d’idées et de mots qui derrière leurs aspects décousus et instables formulent de réelles créations littéraires relevant d’une intuition divinement travaillée. Mes images sont des sortes de cadavres exquis photographiques d’un instant.

Tu réalises la plupart de tes séries en studio, pourquoi avoir choisi cette démarche photographique ?

Il est vrai que je travaille plus souvent en studio qu’en extérieur mais cela dépend des projets. Je traite aussi de paysage dans certaines de mes séries telle que Périphéries Intérieures ou Dismissed par exemple. Mon processus de création s’apparente plus à celui d’un plasticien ayant pour base un white cube plutôt que celui d’un photographe qui capture l’instant. Je ne capture pas l’instant je cherche plutôt à le recréer, à le rejouer, à le défier d’une certaine manière… Mes projets naissent après des recherches écrites et de nombreux croquis préparatoires, je construis mes images par l’espace, les volumes et la matière brute. C’est par l’agencement, la tension, l’équilibre et les couleurs que naissent mes images. Mes prises de vue deviennent un chantier d’expérimentation, un laboratoire où les objets s’envolent, les gestes se renversent et où tout attachement aux règles s’efface d’où l’utilisation du studio comme atelier de travail.

C’était la première fois que tu prenais des photos avec un appareil instantané ?

C’est en effet la première fois que j’utilisais un appareil instantané pour un travail créatif. J’avais plutôt expérimenté cela pour le fun et le souvenir auparavant.

Qu’est-ce que tu as pensé du Lomo’Instant Square ? Qu’est-ce qui te plait dans la photographie instantanée ?

Ce fut une expérience intéressante dans le processus de création que de voir l’image finalisée apparaître de suite, cela implique une certaine rigueur, surtout quand on tente de réaliser une série comme celle que je présente ou chaque élément est en équilibre et la composition évolue tout le temps. Le fait de savoir que l’image va de suite avoir sa forme finale en quelques secondes fut pour moi (qui passe beaucoup de temps après la prise de vue pour faire naitre un projet) une expérience et un défi intéressant.

Qu’est-ce que tu aimes dans le format carré ?

Son efficacité, sa composition. Je ne pourrais donner d’explication rationnelle à cette question et je pense que chacun a des ressentis différents à travers une composition mais pour ma part le format carré me parle particulièrement et s’impose souvent à mes images. Je trouve qu’il y a une certaine pureté et une radicalité dans le carré que j’apprécie. Il n’y a pas de hauteur ni de largeur, le format est brut et nous plonge directement au centre de l’image, j’aime beaucoup cela.

Quels sont tes projets actuels ou à venir ?

Je travaille actuellement sur différents nouveaux projets, en commande, en projet personnel et même deux autres projets transversaux en collaboration avec des marques ou acteurs créatifs.

Après avoir réalisé mon premier film court au printemps 2017 et celui-ci étant actuellement diffusé sous différents médias tel que Nowness, le magazine Numéro ou encore Fashion TV, je travaille sur mes premières commandes en vidéo et sur un nouveau projet de carte blanche. Ces nouveaux projets me permettent d’expérimenter de manière concrète une certaine temporalité qu’implique le film face à l’espace et aux formes que je questionne et appréhende depuis plusieurs années dans mes images. Ce nouveau projet aura d’ailleurs pour mot d’ordre une expérimentation sur notre relation au temps qui passe, celui-ci transposée dans un univers qui en dessinera et redéfinira ses traits plastiquement et émotionnellement.

Quant à la photographie, de nouveaux projets personnels sont en cours tel qu’une série entre expérimentation sur un territoire et introspection de celui-ci par le portrait et le vêtement. Une collaboration avec un célèbre créateur de mode viendra peut être enrichir et supporter le projet, ce serait pour moi une nouvelle occasion de transversalité dans mes recherches. J’aimerai développer autour de ce projet une nouvelle manière de montrer un projet, sortir de l’exposition classique des tirages le temps d’un instant…

Affaires à suivre …

Pour découvrir le travail et suivre l'actualité de Laura, rendez-vous sur son site internet, son facebook et son instagram.

écrit par florinegarcin le 2017-08-30 dans #people #instant #kickstarter #instantphotography #lomoinstantsquare

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