Quand la street photography rencontre le panoramique : L'expérience audacieuse de Nuno Cruz à Amsterdam

Nuno Cruz est un photographe qui vit à Amsterdam, passionné par l'idée de capturer sur pellicule la vie quotidienne de la ville qu'il considère son chez-soi. Il nous a confié qu'il attendait depuis un moment de pouvoir expérimenter la photographie de rue panoramique avec son Hasselblad XPan. Nous lui avons donc envoyé un appareil Sprocket Rocket camera ainsi que deux pellicules noir et blanc Lomography Lady Grey 400 et Berlin Kino 400 pour voir comment chaque combinaison se comporterait dans les rues d'Amsterdam !

Dans cette interview, nous discutons avec Nuno de son expérience de la photo de rue panoramique, de ce qui l'inspire et des défis inévitables de la lumière en début d'hiver.

XPan + Berlin Kino © Nuno Cruz

Bonjour Nuno ! Peux-tu commencer par nous parler un peu de toi et de la façon dont tu as débuté en photographie argentique ?

Je m'appelle Nuno Cruz, et je suis né en 1987 dans une petite ville du Portugal appelée Trofa. J'ai étudié l'informatique à Porto de 2005 à 2011 et c'est durant cette période que ma passion pour la photo est née. On m'avait offert un appareil numérique dont je me suis beaucoup servi pendant mes années d'études. Plus tard en 2011, j'ai quitté le Portugal et après un bref passage en Pologne, j'ai atterri à Amsterdam. C'est là qu'en 2013, j'ai eu mon premier appareil argentique, une étape naturelle pour un ingénieur curieux et intéressé par la photographie. Après avoir vu les résultats de quelques pellicules, j'ai immédiatement accroché et l'année suivante, j'ai développé environ 60 rouleaux, un nombre considérable. J'avais toujours un appareil photo sur moi et le fait d'être dans un nouveau pays, une nouvelle ville, faisait que tout était une nouveauté, chaque instant était une opportunité de faire une photo.

XPan + Berlin Kino © Nuno Cruz

Qu'est-ce qui t'attire dans la photographie de rue ?

Au début, c'était le fait d'être dans une nouvelle ville et de m'intéresser sincèrement à ses habitants. Leur look différent et exotique par rapport à ce dont j'avais l'habitude - je devais immortaliser ça - c'est ce que je me disais. Comme beaucoup, j'ai naturellement commencé à faire de la photo de rue sans savoir que c'était un genre à part entière. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque le festival UNSEEN 2013 a projeté le documentaire Everybody Street. Ça a été une révélation !

Tout l'univers des sous-genres de la street photography et des photographes emblématiques s'est ouvert à moi, et j'ai été énormément inspiré par la plupart des noms cités dans ce documentaire. Des aspects esthétiques à un intérêt plus authentique pour les personnes derrière les photos que je prenais. Ce docu a été une telle source d'inspiration, c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles le nombre de pellicules que j'ai développées en 2014 a tellement augmenté d'un coup. Je voulais raconter l'histoire des gens intéressants de cette nouvelle ville dont j'étais tombé amoureux.

XPan + Lady Grey © Nuno Cruz

Selon toi, qu'est-ce qui est le plus important à capturer dans tes images ? Qu'est-ce qui te passionne ?

J'aime que mes images aient un sens de l'humanité. C'est peut-être difficile à exprimer avec des mots, mais j'aime qu'à travers mes photos, les gens puissent comprendre quelque chose comme : voilà qui nous sommes, en bien ou en mal, c'est nous ! J'aime aussi apporter de l'humour à mes images. J'aime créer de petites légendes amusantes qui peuvent amener le spectateur à les interpréter de manière drôle et légère.

Sprocket Rocket + Berlin Kino © Nuno Cruz

Beaucoup de choses m'enthousiasment dans la rue et me poussent à appuyer sur le déclencheur, mais je vais citer quelques favoris.

Les déchets, oui les déchets ! Je trouve les ordures très intéressantes et malheureusement Amsterdam, en tant que ville touristique, en a beaucoup. Pour moi, ce qui est intéressant avec les déchets, c'est la personne qui les a jetés, ou dans ce cas, la façon dont elle a choisi de le faire, comment elle les laisse dans la rue, ce qui donne des cadres très intéressants. Comme soigneusement rangés dans un coin, joliment équilibrés sur le dessus de la poubelle, parfaitement alignés en rang. Pour une raison quelconque, certaines personnes deviennent vraiment créatives avec les ordures et je suis attiré par cela.

(Dans le sens des aiguilles d'une montre) Sprocket Rocket + Berlin Kino; XPan + Berlin Kino; XPan + Lady Grey © Nuno Cruz

La culture du vélo est également une énorme source d'inspiration et d'opportunités. Je suis particulièrement attiré quand les gens transportent quelque chose d'inhabituel sur leur vélo. Que ce soit un chien dans le panier avant ou un autre humain sur le porte-bagages arrière. C'est aussi quelque chose dont j'aimerais faire un projet à l'avenir.

En ce qui concerne les personnes elles-mêmes, j'aime une bonne composition épurée. J'ai tendance à préférer avoir moins d'humains dans mes cadres. Et puis je cherche des gestes ou des actions. Encore une fois, des gens qui portent quelque chose d'inhabituellement grand ou encombrant, cela apporte un élément dynamique et humoristique au cadre. Je finis aussi par être attiré par les gens qui travaillent dans la rue, et les actes de gentillesse, comme les câlins, les baisers, un sourire, une main tendue, des gens qui partagent un verre, ou juste en groupe en train de sourire.

(Dans le sens des aiguilles d'une montre) Sprocket Rocket + Lady Grey; XPan + Berlin Kino; XPan + Lady Grey © Nuno Cruz

Tu as choisi de te lancer dans ce projet en utilisant certaines de nos pellicules noir et blanc et deux appareils différents au format panoramique. Quel était le raisonnement derrière ces choix ?

Le principe était simple, je voulais faire de la photo de rue avec mon XPan. Pour ne pas introduire trop de nouveautés en même temps, j'ai choisi de le faire en noir et blanc. Le classicisme de l'approche noir et blanc apportait une certaine sécurité à ce que je devais faire, en supprimant la complexité supplémentaire d'essayer de penser simultanément à la composition, mais aussi aux couleurs à l'intérieur.

XPan + Lady Grey © Nuno Cruz

Mais en dehors de la sécurité, il y avait aussi de l'amusement et de la nouveauté. Essayer un nouveau format esthétique qui peut transformer chaque image en un plan de film. Devoir repenser la façon d'aborder et de capturer un sujet avec l'espace supplémentaire du cadre. Penser aux coins de ma ville qui se prêteraient à un arrière-plan, avec beaucoup de texture horizontale et de lignes directrices. Tout cela m'a attiré davantage dans les rues, comme en 2014.

Comment as-tu trouvé le fait de photographier avec le Sprocket Rocket, par rapport à ton XPan ?

Il faut dire que ce sont deux bêtes différentes. Le XPan demande plus de planification, à la fois parce qu'il faut régler la mise au point avec plus de soin, et parce que le cadre est plus étroit, il faut mieux composer. Le Sprocket Rocket élimine ces soucis avec moins de réglages. Il n'y a que deux paramètres pour chacun, mise au point proche ou lointaine, vitesse d'obturation en pose B ou 1/100s et ouverture F/16 ou F/10. La plupart du temps, tout est réglé sur les mêmes paramètres et je n'avais pas à m'en soucier autant.

Sprocket Rocket + Lady Grey © Nuno Cruz

La composition n'était pas non plus une préoccupation majeure car le Sprocket Rocket est beaucoup plus large que le XPan, tout ce qui se trouvait devant moi était dans le cadre. Tout cela combiné était très libérateur, il fonctionnait pratiquement comme un appareil photo panoramique point and shoot, tout ce que j'avais à faire était d'attendre le bon moment et de cliquer !

XPan + Lady Grey © Nuno Cruz

Comment as-tu trouvé le fait de photographier avec Lady Grey et Berlin Kino ? Et au final, laquelle as-tu préféré ?

La météo de novembre à Amsterdam s'est avérée difficile pour photographier avec des appareils à faible ouverture. Ajoutez à cela le changement d'heure qui ne permettait de photographier que le week-end, qui était tout gris.

En ce sens, ces pellicules ont été mis à l'épreuve sur leurs capacités de poussée. Les deux ont tenu le coup, mais le contraste supplémentaire du Berlin Kino a conquis mon cœur par rapport au Lady Grey. J'ai également remarqué que Lady Grey présentait un grain plus prononcé et moins d'informations enregistrées sur le négatif que Berlin Kino.

XPan + Berlin Kino; XPan + Lady Grey © Nuno Cruz

Selon toi, quelles sont les meilleures situations pour utiliser le Sprocket Rocket et les deux pellicules que tu as testés ?

Le Sprocket Rocket a besoin de lumière, ça je peux l'attester. Berlin Kino vous pardonnera un peu les jours de ciel couvert, mais en raison de la petite ouverture, je dirais les jours ensoleillés avec Lady Grey, puisqu'elle a moins de contraste, et Berlin Kino pour les jours nuageux.

Sprocket Rocket + Berlin Kino; Sprocket Rocket + Lady Grey © Nuno Cruz

As-tu un cliché préféré parmi ce projet ?

Oui, j'aime beaucoup les hommes gelés qui attendent devant une boutique de vêtements avec en premier plan les gens affairés qui déambulent dans l'une des rues commerçantes les plus célèbres d'Amsterdam.

XPan + Berlin Kino © Nuno Cruz

C'est l'un de ces clichés où tu imagines le but au moment où tu le prends, tu sais ce que tu veux, et puis quand tu scannes l'image et qu'elle apparaît pour la première fois sur ton écran, ton cerveau fait immédiatement - YAASSS !


Nous tenons à remercier Nuno d'avoir partagé son travail et ses réflexions avec nous ! Pour voir plus de son travail, suivez-le sur Instagram et consultez son site web.

écrit par emiliee le 2024-06-25 dans #équipement #Gens #lieux #street-photography

Produits mentionnés

Lomography Sprocket Rocket

Lomography Sprocket Rocket

Appareil photo nommé après les précieuses perforations de la pellicule ("sprocket holes"), le Sprocket Rocket possède un objectif super grand angle qui expose parfaitement toute la largeur de sa pellicule 35mm. Montrez ces perforations dans chacun de vos clichés ! Profitez d'une vue panoramique sur le monde avec notre série d'appareils et accessoires Sprocket Rocket.

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