"Lilou", l'autisme vu de l'intérieur par Lucie Hodiesne Darras

La photographe Lucie Hodiesne Darras nous plonge dans l'intimité de son frère Antoine, surnommé Lilou, avec son projet photo majoritairement réalisé en argentique depuis cinq années. "Lilou, c’est le surnom que l’on a donné à mon grand frère Antoine. Comme l’héroïne de Luc Besson dans Le Cinquième Élément, il est quelqu’un d’exceptionnel, vivant dans un univers différent des autres. Dans son propre univers." — précise Lucie sur la page Kickstarter visant à financer son projet de livre. Nous nous sommes entretenus avec la photographe pour en savoir plus.

© Lucie Hodiesne Darras

Bonjour Lucie, pourrais-tu te présenter à nos lectrices et lecteurs ?

Bonjour, je m'appelle Lucie Hodiesne Darras et je suis une photographe française âgée de 27 ans. Artiste engagée, par le prisme de l’image et d’une écriture intime, je souhaite mettre en lumière l’histoire de personnes, que parfois, nous ne voyons pas dans notre société et apporter un nouveau regard pour en changer les représentations visuelles.

Comment est né ton projet photo avec ton frère Lilou ?

La série Lilou est née il y a cinq ans lorsque j'étais en première année à Gobelins l'école de l'image en cursus photo & vidéo. Pour nous initier à l'argentique, on nous a demandé de raconter une histoire en 36 poses. Instinctivement, j'ai eu envie de parler de l'histoire de mon grand frère autiste, de dévoiler son quotidien, de son réveil jusqu'à son coucher, lorsqu'il est chez nos parents pour le week end.

© Lucie Hodiesne Darras

Quel regard sur ton frère souhaites-tu que tes photos transmettent ?

Avec ce travail photographique, je souhaite apporter un nouveau regard sur l'autisme. C'est important car il y a trop souvent des idées préconçues sur ce sujet, qui peuvent être fausses. Et je crois que généralement, les personnes qui ne connaissent pas vraiment le sujet ont du mal à visualiser les différents degrés de troubles du spectre autistique et par la même occasion, le quotidien des personnes autistes. Mon but est donc d'apporter un œil nouveau, un œil interne, au sein d'une famille pour permettre de comprendre, et aussi de montrer qu'il s'agit d'une personne avant tout, bien au-delà de son handicap.

© Lucie Hodiesne Darras

Qu'est-ce que la photographie vous apporte à tous les deux ?

Avec mon frère, nous avons une relation très forte, très fusionnelle qui se passe de mots justement. Ce travail photographique a énormément renforcé ce lien, car nous avons construit ce projet-là ensemble. Antoine m'a fait confiance sur le message que je souhaitais délivrer par le biais de la photographie et quelque part c'était une mission de vie pour lui. De mon côté, la photographie a toujours été ma façon de communiquer et de transmettre des émotions, des choses que j'ai sur le cœur.

© Lucie Hodiesne Darras

Pourquoi as-tu choisi de faire ce projet majoritairement en argentique ?

Je crois déjà que ce qui me plaît dans la photographie argentique, c’est sa magie, dans le sens où on découvre son image une deuxième fois. La première fois, c’est l’instant décisif de Henri Cartier-Bresson, le moment où il y a une vibration entre le cœur et le regard quand on a la sensation de tenir quelque chose. Puis l’imagination fait son travail jusqu’au moment du développement et enfin quand la pellicule est développée et scannée, on redécouvre ses clichés avec les yeux d’un enfant.

Mais il y aussi ce rendu incomparable, les petites pétouilles qui s’installent de part et d’autre, la matière de l'image qui est palpable et qui finalement donne plus de caractère à une image. Pour cette série, il fallait quelque chose d'assez frontal, assez organique aussi. Ce rendu je l'ai trouvé dans l'argentique avec mon Nikon FG et des pellicules 35 mm.

© Lucie Hodiesne Darras

Parle-nous plus en détail du livre. Pourquoi as-tu envie de publier tes photos et quelle forme prendra le livre ?

La série photo "Lilou" apporte un regard très positif et humaniste sur l'autisme, plein d'espoir et d'optimisme, pour une meilleure inclusion dans notre société. Le livre permettrait de davantage amplifier cette volonté, et que le public puisse s'approprier l'histoire de ma famille en tournant les pages.
Les choix d'un format restreint et d'un papier mat avec une forte main créeront un objet intimiste, doux et sensible, à la manière d'un album de famille. Le caractère brut - à fleur de peau - des images sera mis en avant par des compositions à fond perdu, invitant le lecteur à se plonger dans la narration. Des interventions manuscrites porteront le caractère (auto)biographique et personnel du récit, non seulement pour renforcer une écriture familiale mais aussi, de m’inclure dans cette histoire en tant que petite sœur.


Soutenez le projet de Lucie sur Kickstarter avant le 15 novembre.

Pour voir plus de photos prises par Lucie, vous pouvez visiter son site et son Instagram.

écrit par florinegarcin le 2022-11-09 dans #culture #news

Les articles les plus captivants