Ra’ah (رأى/ ראה) de Sarah Imfeld : regard sur la jeunesse d'Israël et de Palestine

Jeune photographe autodidacte, Sarah Imfeld a développé sa série documentaire avec pour mission de rendre visible la jeunesse vivant dans la région géographique des États d'Israël et de Palestine. Elle a choisi d'intituler son projet Ra’ah ( رأى/ ראה), elle précise qu'à la fois le verbe hébreu et le verbe arabe se traduisent par observer, regarder. C'est bien une observation, un regard sur la jeunesse que la photographe nous partage. C'est dans une position d'écoute pour mieux appréhender les enjeux pour la jeunesse des territoires qu'elle a réalisé son documentaire. Ses photos en toutes été prises en argentique avec les pellicules 35 mm Lomography Color Negative 800 ISO et Berlin Kino B&W 400 ISO. Dans cette interview, elle revient sur ses intentions tout en nous parlant des difficultés qu’elle a pu observer.

Photo prise par Sarah Imfeld avec la pellicule Lomography Color Negative 800 ISO 35 mm.

Bonjour Sarah et bienvenue sur le Magazine. Pourrais-tu te présenter ?

Bonjour Lomography et merci de m’accueillir dans votre Magazine !
Je m’appelle Sarah Imfeld, j’ai 19 ans, et suis étudiante en art dramatique et passionnée de photographie.

Comment et pourquoi as-tu commencé la photographie argentique ?

La photo est quelque chose qui s‘est transmis de génération en génération dans ma famille. Ma grand-mère paternelle faisait beaucoup de photos en son temps. Elle a transmis ce concept de documentation d’instants de vie à mon père qui lui par la suite me l’a transmis à moi. J’ai donc pris l’habitude d’emporter un appareil avec moi où que j’aille et de prendre en photo mon entourage.
Concernant la photographie argentique, il n’y a pas si longtemps que je la pratique. Je l’ai commencé parce que (certainement influencée inconsciemment par les tendances contemporaines) le concept du non instantané m’intriguait. J’ai débuté la photographie argentique avec le point and shoot de ma grand-mère pour documenter des soirées entre amis ou encore des voyages - bref de petits fragments de ma vie que j’aimais redécouvrir avec un recul temporel (soit un peu forcé). Par ailleurs, la photographie argentique représente pour moi un moyen d’approfondir les techniques de photo -quelquefois négligées avec la photographie digitale- ainsi que de me développer artistiquement. Ce que j’aime avec l’argentique c’est qu’il est important de prendre en compte toutes les technicités avant de prendre en photo ce qui est esthétiquement ou émotionnellement intriguant. Ça m’a appris à être plus précise dans mes choix et de prendre mon temps de construire une image.

Photos prises par Sarah Imfeld avec la pellicule Lomography Color Negative 800 ISO 35 mm.

Pourrais-tu nous parler de ton projet documentaire que nous présentons aujourd'hui ?

Ce projet de photo documentaire a été réalisé au mois de juin. Il s’agit d’une documentation sur la jeunesse vivant dans la région géographique des États d'Israël et de Palestine.
Il est intitulé Ra’ah ( رأى/ ראה) à la fois le verbe hébreu (la forme infinitive du verbe ; le shoresh) et le verbe arabe se traduisent par observer, regarder.
Lors d’une recherche réalisée pendant mes études de philosophie politique et droit international à Maastricht, la question des États d’Israël et Palestine m’a fortement intriguée. Seulement, il me semblait que plus je me documentais sur le sujet, plus j’avais l’impression de m’éloigner du réel. Tout devenait une sorte narration, un récit dichotomique, où une perspective (et ainsi gouvernement) essayait de vaincre l‘autre partie par le biais de légitimité. Afin de mieux comprendre les subtilités des enjeux en cause, j’étais à la recherche de quelque chose de plus humain et commençais à me documenter avec des récits d’expériences de vies écrites par des personnes qui vivaient dans un système d’apartheid.
J’ai choisi de me concentrer sur la jeunesse parce que je trouve qu’elle n’est pas assez entendue. En effet, cette jeunesse est une génération décisive ; ce sont eux qui doivent subir les conséquences (qu’elles soient écologiques, politiques, économiques, sociales, et autres) des générations précédentes. “L’avenir est dans nos mains”, comme le dit le dicton, pourtant personne ne leur tend l’oreille.
Ra’ah ( رأى/ ראה) est donc une documentation avec l’objectif d’être à l’écoute et de rendre justice aux récits qui ne sont pas entendus. Je n’ai pas entrepris ce projet pour imposer mon avis, ni de proposer solution ou théorie sur le sujet (certes je dénoncerai toujours et encore les violences policières, les discriminations qui vont à l’encontre de toute intégration de la dignité de l’être, je continuerai à protester contre toute forme de violence et de colonisation) ; je ne cherche pas à blâmer ni excuser, simplement regarder, écouter, documenter afin de mieux comprendre et d’apprendre.

Photos prises par Sarah Imfeld avec la pellicule Lomography Color Negative 800 ISO 35 mm.

Est-ce que tu as rencontré des difficultés pour réaliser tes photos ?

Oui, plusieurs. La plus évidente étant la barrière linguistique. Je parle et comprends l’hébreu et l’arabe, mais certes pas suffisamment pour pouvoir saisir les nuances dans les récits des jeunes que j’ai croisés et qui m’ont partagé dans leurs langues natales leurs expériences.
La plus grande des difficultés a été avec les militaires aux checkpoints pour rentrer de la Palestine en Israël. J’habitais Jérusalem pendant ce temps et pour rentrer de Palestine ou des zones occupées dans les zones israéliennes (dont Jérusalem fait momentanément partie), il est obligatoire de passer par des checkpoints. Ici, tout le monde est contrôlé, interrogé et certaines personnes (dépendant de leur nationalité, ethnicité, religion, penchant politique ou même relations personnelles/matrimoniales) même humiliées, refusées, déportées, emprisonnées. Pour les photographes, toutes les images prises doivent être inspectées. Vu que je n’avais que mon argentique avec moi, je ne pouvais pas montrer aux autorités mes photos au moment voulu. Cela me rendait la tâche de prouver aux autorités que je ne me rendais pas en Palestine dans l'optique d’un projet antisémite tentant à délégitimer leur droit de vivre (ce qui, je reprécise, n’était pas du tout mon intention) était très difficile. M’entendre parler en hébreu, voyant mon prénom et nom de famille, mon passeport européen et ma carte de séjour israélienne, sans parler de mes apparences caucasiennes, m’a plus qu’une fois aidé à passer les checkpoints - avec mon appareil et mes pellicules…

Photo prise par Sarah Imfeld avec la pellicule Lomography Color Negative 800 ISO 35 mm.

Pourquoi as-tu choisi les pellicules Lomography Color Negative 800 ISO et Berlin Kino 400 ISO pour ton projet ?

C’était plus un outil pour atteindre un certain stylisme que je voulais apporter à mes photos. La haute sensibilité de la Lomography Color Negative 800 ISO se prêtait merveilleusement à la photo à la lumière naturelle - le « available light » étant un mode de travail que je préfère. L’idée d’avoir un oxymore dans ce projet était intéressante : lui donner le titre qui se traduit par le verbe voir et avoir des photos floues. Le flou représente quelque chose qui va au-delà de l’empathie, de la sympathie même ; la plupart des personnes vivant en Israël et Palestine ont grandi avec traumatisme générationnel que moi-même - n’ayant pas été éduquée religieusement, ni ayant grandi avec un désir ou besoin de protection, voire de libération nationale, culturelle et ethnique - ne saurais saisir pleinement. D’autant plus le grain prononcé de la Lomo 800 ajoute une certaine vivacité au flou que j’apprécie particulièrement. Et finalement, le choix de la Berlin Kino était pour la simple et bonne raison d’être une pellicule que j’aime bien utiliser, n’étant jamais déçue du résultat.

Photos prises par Sarah Imfeld avec la pellicule Berlin Kino B&W 400 ISO 35 mm.

Est-ce que tu as des conseils à partager pour la photographie documentaire ?

Comme la plupart des choses, l’écoute est primordiale. Cela vous permettra de mieux comprendre le ressenti, l’expérience de vie, les conditions de la ou les personnes qui sont en face de vous et que vous photographiez et qui seront sujet de vos photographies.
Cela étant, je suis moi-même débutante dans ce milieu. L’important, je dirais, c’est naturellement de se documenter préalablement mais surtout d’y aller pour apprendre.

De futurs projets dont tu souhaiterais nous parler ?

Pour l’instant je suis un peu dans une phase de renouvellement créatif. C’est-à-dire que pour qu’un projet puisse se créer (soit-il fictif ou documentaire) il doit être puisé de quelque part de vrai. Cette vérité est puisée de mes expériences personnelles ou de tout ce qui m’inspire. Depuis peu, je me suis installée à Paris pour poursuivre mes études en art dramatique. Je vis donc pleinement dans ce monde-là momentanément. Certainement que, malgré moi, je continuerai à documenter mon entourage.
J’aime également travailler avec d’autres photographes comme par exemple avec Apolline Grane, une amie que j’admire autant artistiquement que personnellement. Je trouve le travail en collaboration très enrichissant.


Merci Sarah ! N'hésitez pas à suivre la photographe sur Instagram.

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