Rencontre musicale et analogique avec Stay Hungry

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Que se passe-t-il quand des passionné.e.s de musique et d'image décident de créer quelque chose ensemble dans une période de confinement ? Une étincelle ! Stay Hungry est né de l'idée de filmer des artistes en live sessions “à la maison”. Les cinq personnes derrière Stay Hungry convient des musicien.ne.s à jouer l'un de leurs morceaux puis à parler de leur première expérience de création dans un moment aussi convivial qu'underground. Pour réaliser les différents épisodes, l'équipe de Stay Hungry n'hésite pas à mélanger les médiums en filmant aussi bien en numérique qu'en argentique et en s'emparant de diverses caméras comme le LomoKino ou encore d'appareils photo comme le Lomo LC-A+. Iels associent ensuite les différentes images dans des collages et assemblages lors du montage. Chez Stay Hungry, il y a un véritable goût pour le lo-fi et l'expérimentation que nous retrouvons aussi dans la musique qui est filmée puisque les musicien.e.s sont invité.e.s à jouer avec des instruments atypiques spécialement conçus pour l'occasion. Vous vous doutez bien que c'est un projet créatif et un peu fou comme nous les aimons chez Lomography et nous avons souhaité en savoir plus. Dans cette interview, les cinq personnes derrière le projet répondent à l’unisson à nos questions. C'est parti pour un tour dans la cave de Stay Hungry !

© Stay Hungry. Images réalisées avec le LomoKino.

Hello ! Est-ce que vous pourriez nous dire comment est né le projet Stay Hungry et quel est le concept ?

Hello ! Alors nous on s’est rencontrés dans un atelier d'écriture (Ricardo et Dana, NDLR), puis avec Adrien par des amis communs. On partage tous les trois une grande passion pour la musique, le cinéma, la philosophie, et on avait très envie de faire quelque chose en lien avec la musique. Mais Ricardo venait de se séparer et a dû déménager d'urgence ; puis on a été confiné à cause du Covid. C'était une période un peu déprimante, mais malgré tout assez excitante.
Le soir Ricardo sortait pour se promener et boire en marchant dans la rue, et un jour il est rentré un peu ivre et a remarqué que l’endroit où il habitait était vraiment particulier. En fait, c'est un loft situé dans le sous-sol d’une ancienne usine à Pantin, il pourrait ressembler à un dessin d'Escher. Et c’est là où Ricardo s'est dit : « il n'y a rien à faire en ce moment, il n'y a pas de concerts, je ne vois pas mes amis, ce serait bien d'organiser des petits concerts illégaux ici, dans cette cave. »
Comme il fait des films, il a pensé que ce serait intéressant d'enregistrer tout ça. On a donc appelé d'autres copains pour nous rejoindre, Nico et Greg, qui font aussi des films et qui sont toujours intéressés par des projets non conventionnels.

Pour résumer brièvement le concept : nous avons invité des artistes, de véritables pépites, qui se trouvaient à une distance maximale de 10 km de nous et qui avaient sorti leur premier album - donc commençaient tout juste à se faire connaître - à jouer dans ce sous-sol pendant le confinement. Ces artistes réinterprètent un de leurs titres avec des instruments peu conventionnels mis à disposition : des instruments amateurs, lo-fi, expérimentaux, et parfois inventés par des luthiers avec qui nous collaborons.
L’idée de fond de ce projet était d’invoquer cette forme de création propre aux premières découvertes artistiques : lorsque la création ne vient de rien, sans ou avec peu de moyens. En invitant les groupes à jouer dans cet espace, nous cherchions à faire écho à la dimension "underground" de lieux comme les sous-sols, caves, garages, ou chambres.
Ce sont des performances que l’on a filmé avec différents formats (Lomokino, Super 8, Hi8, photo en 35 mm, etc), ce qui nous a permis d'obtenir un rendu proche du collage.
Enfin, le live est suivi d'un échange : un dîner pendant lequel les musicien.ne.s racontent leurs premiers rapports à l’art et à la création musicale.
Ce projet a donc commencé pendant le confinement pour générer une alternative aux manières dont nous découvrons et consommons la musique aujourd'hui - qui est très dépendante des algorithmes et de la technologie.
On n'essaie pas de remplacer le live, ou l'enregistrement d'un album. Nous n'essayons pas d'embellir ou de produire une performance en live. On propose aux musicien.ne.s de retravailler leurs morceaux, on raconte une histoire, et on génère ainsi une curiosité, une faim, qui peut par la suite être satisfaite en allant écouter un concert du groupe ou en achetant leurs disques !

© Stay Hungry.

Vous faites plus qu’une simple mise en avant des musicien.ne.s invité.e.s, vous établissez de véritables échanges et dialogues. Racontez-nous.

L’idée était de mettre les artistes très à l’aise, car étant donné que l’on était en plein confinement et avec le couvre-feu, on était un peu obligé de passer un week-end entier ensemble ! Alors on préparait le dîner tous ensemble, on prenait l’apéro et puis on se mettait à table pour discuter. On ne voulait pas faire d’entretien classique, cloisonné, mais plutôt discuter sur toutes les expériences qui ont fait qu’aujourd’hui ils se retrouvent à faire de la musique.
Cela dit, on a fini par transformer la matière des entretiens : les récits ont été réécrits et diffusés dans la série sous la forme d’une voix-off. On voulait, sans le trahir, pouvoir morceler le récit, et qu’il survienne comme des fragments de mémoire. Pour autant, il était très important pour nous de conserver le dispositif du dîner avec les musiciens, pour prolonger cette proximité, toujours garder de la complicité, et s’éloigner le plus possible de l’interview faite en dix minutes à la sortie d’un live.

Est-ce que nous pourrions dire que Stay Hungry est une sorte d’essai sur le processus de création et sur la passion ?

Oh c’est très bien dit ! Oui c’est ce que nous avons voulu tenter. C’est un essai sur la création et la passion. Mais surtout sur un moment spécifique de la création : celui du réveil, de l’étincelle qui a allumé la passion pour écrire et faire de la musique. Étincelle qui en elle-même, est passion pure.

© Stay Hungry. Images réalisées avec le LomoKino.

Vous mélangez plusieurs techniques lors de vos tournages, pourquoi cette envie ? Quels sont les outils dont vous vous servez le plus ?

Dès le départ, il n’était pas question de réaliser une captation de plus d’un groupe de musique. Nous voulions autre chose. C’est pourquoi nous avons imposé des instruments atypiques aux musicien.ne.s, afin qu’ils puissent sortir de leur zone de confort. Certains des instruments ont été créés par un luthier talentueux, Nicolas Bras, avec des matériaux du quotidiens, tubes PVC, bonbonnes à eau, etc.
Naturellement, nous nous sommes imposés des contraintes de prises de vue avec des caméras éloignées des standards habituels : HI8, VHS-C, mini DV, Super 8 sont ressorties du grenier. Nous avons ajouté un smartphone avec applications vintage, un Lomokino et des appareils photos argentiques. Sur les caméras HD, nous avons monté des systèmes optiques de type LensBaby.
Musicien.ne.s et vidéastes se sont rejoints dans la contrainte : le son Lo-fi, un peu sale, rappelle les premières expériences de musique ; l’image se devait de suivre le son. En revanche, pour le moment du dîner, seule une caméra HD a été utilisée. Il fallait une rupture, changer de ton et de rythme.
Quand on regarde les épisodes dans leur ensemble, la multiplicité des formats en appelle au collage, au désir d’expérimentation, et à cette envie d’essayer de nombreuses formes – souvent hétéroclites – pour provoquer d’étranges collisions et de joyeux hasards.

© Stay Hungry. Images réalisées avec le LomoKino.

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur votre utilisation de notre caméra argentique 35 mm LomoKino ? Qu'est-ce qui vous plait chez cette caméra argentique ?

Dans notre recherche de texture et de caméra simple et légère, il faut reconnaître que la LomoKino s’est parfaitement adaptée à nos envies. On a eu l’impression de se retrouver en possession d’une caméra 35 mm, le coût en moins ! Et son ratio panoramique ressemble à du CinémaScope.
En réalité, elle fait aussi penser à un sténopé, mais qui serait animé. C’est très simple de conception, juste une boîte noire avec un œil. Le retour aux origines… Son optique, assez modeste, produit des distorsions et des aberrations sur les bords de l’image, avec un bel effet de vignettage. Avec ça évidemment la texture granulaire de l’argentique. L’image obtenue possède une très forte identité.
Pour son utilisation, il faut reconnaître qu’un peu de patience est nécessaire. L’ouverture à f/5.6 oblige à utiliser beaucoup de lumière, même si nous n’avons pas hésité à pousser les films d’un ou deux diaphragmes. Le système d'entraînement est un peu fragile, il faut donc être précautionneux au chargement.
Enfin, les scans ont été faits par nos soins. Chaque image a dû être montée l’une après l’autre, afin d'obtenir des séquences de quelques secondes. C’est assez fastidieux mais le résultat vaut vraiment le coup.

© Stay Hungry. Images réalisées avec le Lomo LC-A+.

Vous avez aussi utilisé un appareil argentique classique de chez Lomography, le Lomo LC-A+. Dites-nous en plus.

Le Lomo LC-A+ correspond aussi parfaitement à notre charte des petits outils. Simple, efficace, quelques défauts optiques dont nous étions ravis de profiter. Quelques aberrations sur les bords de l’image, mais étonnamment un très bon contraste et piqué. Sa focale 35 mm est idéale avec une bonne ouverture à f/2.8. Nous avons utilisé l’appareil en rafale afin d’avoir des séquences en stop motion. Ce qui a beaucoup sollicité le mécanisme d'entraînement - pas vraiment prévu pour ce type d’utilisation… Ça nous a valu parfois de superbes surimpressions. D’une manière générale, nous recherchions les imprévus et accidents. C’est lors de ces moments que les choses prennent vie.

Pourquoi pensez-vous que continuer à produire en analogique est encore important aujourd'hui aussi bien dans les domaines de la musique que de l'image ?

Produire en analogique permet de proposer une alternative aux images numériques qui se sont imposées de nos jours. Le numérique est un outil formidable, mais garder une vaste palette d’outils et de matières à disposition des artistes est essentiel ; ça permet de pouvoir y puiser allègrement en fonction des projets et de sa sensibilité.
Le choix encore conséquent de pellicules, avec des textures, colorimétries et contrastes variés, une granulation, des carnations propres à l’argentique, en font encore maintenant des supports créatifs très légitimes et passionnants.

© Stay Hungry. Images réalisées avec le Lomo LC-A+.

Si vous deviez résumer Stay Hungry en cinq mots quels seraient-ils ?

IMPULSION CRÉATRICE POUR LA JOUISSANCE

Quels sont les projets à venir de Stay Hungry ?

On développe actuellement la saison 2. Tout en gardant plus au moins la même structure narrative, on voudrait légèrement changer de concept, et se concentrer sur l’action de documenter. On aimerait faire un portrait de la scène de musique indépendante à Paris, et pourquoi pas dans d’autres villes en France ou ailleurs dans le monde.
Faire des petits films documentaires d’une dizaine de minutes, toujours avec la même approche plastique et d’expérimentation des formes, sur les artistes, les collectifs, les salles et programmateurs qui font partie de cette scène indépendante. Montrer les lieux, et le public qui assiste à de telles manifestations artistiques. Interroger la survivance de l’underground, terme qui semble aujourd’hui un peu galvaudé, mais qui à l’heure de cette sur-marchandisation de la musique, nous semble être un rempart à rééclairer.


Retrouvez Stay Hungy sur leur site, Facebook et Instagram. Les épisodes de la saison 1 de Stay Hungry sont à dévorer sur leur chaine YouTube.

écrit par florinegarcin le 2022-06-28 dans #équipement #people #vidéos #lomo-lc-a #lomokino #stay-hungry

Produits mentionnés

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