LomoTuto : Développer la LomoChrome Purple à la maison par Éléonore Garnier

Éléonore Garnier a commencé la photographie argentique il y a plus de 10 ans avec l'appareil La Sardina. Elle réalise principalement ses photographies en Europe de l'Est et dans le Caucase. Autodidacte, Éléonore a tout appris par elle-même, y compris le développement ! À l'occasion du Mois de la Photographie Argentique, la photographe partage aujourd’hui avec nous un tutoriel détaillé sur le développement à la maison de la pellicule LomoChrome Purple :

Photos prises par Éléonore Garnier avec la pellicule Lomochrome Purple développée et numérisée par ses soins.

Premier mythe : Non, la Lomochrome Purple ne nécessite pas de développement « spécial », elle se développe comme n’importe quelle autre pellicule négative couleur classique, c’est-à-dire en C-41. Il existe de nombreux kits C-41 sur le marché, plus ou moins complexes avec un nombre de bains différents, des indications de températures de développement très précises qui peuvent en effrayer plus d’un. J’ai opté pour la simplicité avec un processus à deux bains seulement, à partir de chimie en poudre que je dissous moi-même, un jeu d’enfant même pour les non-initiés.

Deuxième mythe : Est-ce qu’on peut développer sans risque dans le même bain une pellicule Lomochrome Purple avec un autre type de pellicule négative couleur ? Oui, totalement ! Pour vous en donner la preuve, la pellicule développée dans ce tutoriel a pris son bain avec une pellicule « classique » de 200 ASA (j’utilise la Lomochrome en 200 également) et cela n’a impacté aucune des deux pellicules.

Le matériel pour le développement à la maison.

Ce qu’il vous faudra :

  • Une pellicule Lomochrome Purple.
  • Des ciseaux pour détacher le film de sa cassette.
  • Une cuve de développement et sa spire sur laquelle vous allez enrouler le film.
  • Un thermomètre pour contrôler la température de vos solutions.
  • Les solutions C-41 : un bain de développeur et un bain de « blix » (bleach+fix).
  • Un évier pour maintenir les solutions au chaud et rincer le film développé.
  • Un chronomètre, pour contrôler le temps de chaque bain.
  • Des pinces à linge pour faire égoutter et sécher votre film une fois développé.
  • Je conseille d’utiliser une « raclette » spécifique pour égoutter le film et le préparer au séchage.

C’est l’heure du bain !

Bain pour activer les solutions.

Pour que les solutions soient actives, leur température doit se situer entre 38-39°C. Donc, avant toute chose, il vous faudra placer les bouteilles qui contiennent vos solutions dans un bain, idéalement dans un seau ou un évier, à température indiquée pour que celles-ci se réchauffent et soient prêtes quand vous aurez fini de préparer votre cuve. Pas de panique si les solutions ne sont pas à 39,00°C exactement lorsque vous souhaitez commencer le développement : si leur température est légèrement plus basse d’un ou deux degrés, vous n’avez qu’à prolonger le temps de pose de 30 secondes ou une minute.

Attention, ça va être tout noir !

Pochon hermétique.

Une fois que vous avez mis les solutions au bain, il vous faut maintenant procéder à une étape un peu délicate puisqu’elle doit se faire dans le noir le plus complet. J’ai investi récemment dans un pochon hermétique à la lumière qui me permet de faire cela un peu n’importe où, c’est très pratique. Ainsi, dans le noir total, vous devez ouvrir la cassette de la pellicule et transférer le film sur la spire puis la placer dans la cuve, elle aussi hermétique à la lumière. Il y a plusieurs méthodes pour ouvrir une pellicule, certains arrivent à récupérer l’amorce du film pour le faire sortir, d’autres les ouvrent par le haut comme une canette. En général, je finis par perdre vite patience et j’ouvre la cassette sur le côté latéral à partir de l’ouverture en tordant la partie souple de la cassette. Ce n’est pas très orthodoxe comme méthode mais cela à l’avantage de créer une ouverture latérale qui me permet de transférer le film de la cassette directement sur la spire en ne touchant presque jamais le film durant cette étape.

Une fois la cassette ouverte vous devez couper l’amorce au ciseau, si possible en faisant un bel arrondi qui facilitera l’insertion du film dans la spire, et ce, toujours dans le noir complet. Cette partie du film est en général déjà « cramée » donc vous avez le droit à plusieurs essais de découpe sur quelques centimètres sans problème. Par contre, pour couper le film à sa fin, c’est à dire à l’endroit où celui-ci est attaché à la cassette, il est conseillé de couper au plus près de la cassette car vos photos arrivent bien jusqu’à la fin du film de ce côté-ci.

Image d’exemple à la lumière du jour, cette étape doit se faire dans le noir le plus complet.

Pour transférer le film sur la spire, il faut placer les deux côtés de la spire l’un en face de l’autre en alignant les deux encoches en formes de triangle où vous allez justement insérer le film. Courber le film légèrement entre vos doigts facilite l’insertion à cet endroit sur quelques centimètres, jusqu’à ce qu’elles atteignent les deux billes qui vous permettront ensuite de faire juste pivoter les deux côtés de la spire sans toucher le film jusqu’à la fin pour l’embobiner. Cette étape n’est pas évidente, c’est pourquoi les fabricants de cuve et de spire vous fournissent toujours un film d’essai pour vous habituer à la manœuvre à la lumière avant de la faire dans le noir. J'en profite pour déconstruire un autre mythe au passage : pas besoin de gants pour cette étape, des mains propres suffisent. Faites cependant attention que vous n’ayez pas de résidu de crème ou d’autres corps gras avant de toucher le film.

Image d’exemple à la lumière du jour, cette étape doit se faire dans le noir le plus complet.

Une fois le film sur la spire, installez celle-ci dans la cuve grâce au cylindre central et refermez cette dernière avec le couvercle en forme d’entonnoir qui se visse jusqu’au « clic » qui vous indique que la cuve est bien fermée. Vous pouvez maintenant rallumer la lumière.

C’est l’heure de la potion !

Développement.

Développer : Vérifiez que vos deux bains sont à bonne température avant de les verser dans la cuve. Vous allez d’abord verser le développeur et le laisser dans la cuve pendant 3 à 5 minutes. Le temps du bain dépend du produit que vous utilisez et aussi de la « pureté » de vos solutions, c’est-à-dire le nombre de fois où vous avez déjà utilisé ce développeur. Certaines personnes ne réutilisent jamais la même solution. Personnellement, j’utilise le même développeur bien plus d’une dizaine de fois, en augmentant à chaque fois un peu le temps du bain pour compenser la concentration qui s’est vue diminuée au fil des utilisations. Le résultat est toujours au rendez-vous.

Préparez votre chrono au moment du versement du développeur dans la cuve, refermez ensuite la cuve avec le deuxième couvercle pour éviter les éclaboussures. Pendant la première minute, remuez lentement la cuve sur son axe vertical et horizontal pour vous assurer que la chimie est bien répartie sur tout le film. Après une minute, laissez poser. Je vous conseille de taper la cuve sur la table pour faire disparaître les bulles qui peuvent se former à la surface et qui pourraient faire des tâches sur vos films, sauf si vous cherchez cet effet « film soup », bien sûr. Vous allez ensuite remuer encore une fois la cuve de la même façon pendant 10 secondes toutes les minutes.

Fixage.

Fixer : une fois le temps du premier bain écoulé, vous devez arrêter et fixer le développement avec le « blix ». Transvasez le développeur dans son contenant initial et verser le blix dans la cuve immédiatement, le blix devant lui aussi être à bonne température. Répétez l’étape précédente (remuage la première minute puis 10 secondes toutes les minutes) en respectant le temps de pose indiqué par le fabricant de vos solutions, dans mon cas : 8 minutes. Le blix créé une réaction chimique qui fait que le couvercle devient légèrement bombé dès la première minute. N’hésitez pas à faire sortir l’air entre deux remuages comme vous le feriez pour sortir l’air d’un tupperware. Cela vous permettra d’éviter que du produit s’échappe de la cuve pendant le remuage et de vous tâcher dans le processus.

Rinçage.

Rincer : Une fois le temps de fixage révolu vous devez rincer le film et la cuve en y versant de l’eau claire et tiède en grande quantité pour vous assurer qu’il n’y a plus aucune trace de blix sur le film. Votre développement est terminé, vous pouvez enfin découvrir vos images sur la spire !

La pellicule est développée.

Admirez et séchez !

Séchage.

C’est peut-être le moment le plus satisfaisant du processus. Vous devez désormais dérouler le film de sa spire pour l’attacher à la verticale afin de le faire sécher. Dans l’idéal, choisissez un endroit un peu humide où la température est constante comme une salle de bain. Vous pouvez utiliser de simples pinces à linge pour attacher le film sur un fil suspendu. Veillez à lester votre film en bas avec d’autres pinces pour que celui-ci sèche de manière bien droite. Pas besoin de gants non plus pour cette étape mais évitez à tout prix de toucher la surface du film. Vous devez racler le film pour éviter la formation de gouttelettes d’eau sur celui-ci pour un séchage bien uniforme. Pour se faire j’utilise une raclette spécifique mais d’autres techniques sont possibles.
Laissez sécher plusieurs heures, vous pouvez déjà admirer vos photos suspendues.

L’art du scan

Numérisation.

Je procède ensuite au scan de mes photos avec un scanner à plat spécifique. Pour cette étape il vous faut utiliser des gants en coton pour éviter les marques de doigts. Mon scanner accepte des bandes de 6 photos en 35mm donc je pré-découpe mon film en bandes de 6 photos. Le plus important dans cette étape est de minimiser les poussières en nettoyant bien les vitres du scanner au préalable en utilisant un petit soufflet entre chaque utilisation pour dégager les quelques poussières qui pourraient se coller au film ou à la vitre de votre scanner.

Les puristes vous diront que c’est un sacrilège de retoucher numériquement vos photos, que cela va à l’encontre de l’esprit de la photo argentique. En réalité, quand vous faites ou faites faire des tirages argentiques, il s’agit aussi d’une interprétation d’un négatif parmi d’autres où entrent en jeu des décisions humaines sur le contraste et les couleurs, voire même des processus de retouche à l’encre ou de masquage pour récupérer certaines informations perdues, bref du Lightroom analogique. Je passe mes scans dans Lightroom pour corriger les éventuelles poussières qui ont résisté à mon soufflet, mais aussi pour changer l’exposition car j’ai tendance à faire des scans plus clairs afin de récupérer un maximum d’informations dans les ombres. L’argentique est l’inverse du numérique sur ce point, il est plus difficile de récupérer des détails dans les ombres que dans les blancs. Je ne touche à rien d’autre si le résultat me convient mais libre à vous de jouer avec les teintes, la LomoChrome Purple offre des résultants toujours aussi étonnants lorsque vous bidouillez l’étalonnage de vos photos. Jouez avec les atmosphères uniques que vous permettent de créer la Lomochrome Purple.

Photos prises par Éléonore Garnier avec la pellicule Lomochrome Purple développée et numérisée par ses soins.

Un grand merci à Éléonore d'avoir pris le temps de partager ses conseils pour le développement à la maison de la pellicule LomoChrome Purple. N'hésitez pas à suivre la photographe sur Instagram !


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2021-04-14 #tutoriels #lomochrome-purple #eleonore-garnier

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