Le Screenopé de @mdnamarie

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Membre de notre Communauté, @mdnamarie est étudiante en design graphique à l'ÉSAD Valence et photographe argentique dans son temps libre. Aujourd'hui, nous vous présentons son projet de diplôme réunissant ses études et son intérêt pour l'argentique. @mdnamarie a pris le temps nous expliquer son projet Screenopé et de partager ses images Portrait Type que nous vous invitons à découvrir dans cet article.

Le Screenopé de @mdnamarie.

J’ai cherché à créer un projet regroupant quelques-uns de mes questionnements, notamment le rapport à l’image photographique, notre pratique quotidienne de prise de vue à l’aide de nos smartphone, mais aussi notre tendance à capturer tout ce qui nous entoure, à la chaîne sans trop penser au cadrage. Le format pratique d’un smartphone en fait un objet facile à transporter et dont la qualité d’image est de plus en plus performante. Ces photographies sont alors sauvegardées dans la « pellicule » de notre smartphone, elles ne sont pas nécessairement regardées à nouveau et se perdent dans un flot d’images. Elles existent sous forme de projection de lumière, uniquement visible grâce à un intermédiaire, un écran.

Une photographie argentique pourtant est, dès la pellicule, un objet physique. Lorsque l’on fait un tirage d’une photographie, on entreprend de la conserver, elle est vouée à être regardée, manipulée, présentée. Elle existe dans le temps, de manière physique.

Suite à cette relation, je me suis demandée comment réussir à associer photographie numérique et analogique...

J’ai eu la chance de pouvoir accéder à un labo photo complet dans cette école, de pouvoir faire des tirages argentiques, avoir la satisfaction d’observer l’image apparaitre à la surface du papier. Tout simplement retrouver une pratique lente et plus technique de la photographie.

Mais comment faire pour accéder au même confort de travail sans tout ce matériel mis à notre disposition ?

Le Screenopé de @mdnamarie.

Screenopé

Dans un monde du tout numérique, de la photo automatique sur smartphone, comment permettre aux curieux des pratiques argentiques de s’initier au tirage argentique, sans pour autant devoir investir dans un appareil photo, des pellicules, de se lancer dans le développement de la pellicule et se procurer un agrandisseur.

Une manière d’obtenir un tirage papier argentique tout en diminuant la quantité de chimie utilisée et les coûts dans l’investissement de l’ensemble du matériel.

La boîte est l’outil qui remplace l’agrandisseur, ici elle permet de faire des tirages en 10 x 15 cm sans utiliser une optique pour obtenir un tirage net et adapté au format du papier à partir d’un smartphone.

La technique se base sur le principe du sténopé. Un sténopé est un dispositif optique très simple permettant d’obtenir un appareil photographique dérivé de la camera obscura. Il s’agit d’un trou de très faible diamètre percé dans une plaque de très faible épaisseur. Par extension, on appelle ainsi l’appareil photographique utilisant un tel dispositif.

En plaçant le téléphone dans l’espace adapté, le papier au fond de la boîte et le trou du dispositif au plus proche du téléphone, l’image sera alors agrandie sur le papier.

J’ai choisi d’appeler mon projet Screenopé, un mix de l’écran smartphone et du sténopé. Screenopé se présente sous forme de kit, comprenant tous les éléments nécessaires à la création de la boîte puis à la réalisations de ses tirages argentiques : dépliant montage, dépliant tirage, édition sur l’origine du projet et les planches noires permettant de créer sa boîte, en évitant le plus de reflets lumineux possibles.

Un site a également été réalisé, encore en version béta, mais permettant de prendre directement une photographie, elle s’enregistre alors sur l’interface et apparaît sous forme de négatif noir et blanc. Il n’y a plus qu’à utiliser la boîte et passer en labo.

Images réaisées avec le Screenopé par @mdnamarie.

Portrait type

Grâce à mon projet Screenopé, et suite à la lecture d’un article écrit pas Vincent Duché dans le numéro 48-49 d’Azimuts, j’ai choisi d’utiliser mon outil Screenopé pour me concentrer sur le portrait type. Avec l’apparition de la photographie argentique et les tentatives de Francis Galton pour obtenir un « portrait-composite », la police s’est employée à tenter d’anticiper les crimes en identifiant un portrait type de criminel. Pour ce faire les portraits de nombreux criminels identifiés ont été superposés au moment du tirage argentique, le résultat révèle les aspects communs des individus.

Dans une société de l’image, de l’auto-portrait dit « selfie » et de l’automatisme, j’ai produit une édition sous forme de magazine dont la thématique principale est le portrait composite.

Toutes les photographies sont initialement des selfies numériques replacées dans une dimension physique du tirage papier, une manière de leur rendre une place dans cet ensemble de photographies immatérielles.

Dans ce numéro, la pratique même qui a permis de créer les premiers portraits type est mise en avant, il s’agit de la photographie argentique.

En se tournant vers une utilisation particulière de la photographie, qui n’est autre que l’identification des individus, d’autant plus autours d’attitudes et intérêts; il est possible de s’interroger sur des pratiques plus légères comme la photographie argentique elle-même. Existe-t-il un photographe argentique type ? L’intérêt lié à une pratique peut-il être lié à l’apparence physique ? Et à quoi ressemblerait cet individu créé de toutes pièces ?

Cette édition est une manière de retrouver ce système de portrait type au tirage argentique mais grâce à une base de donnée numérique.

Portrait Type de @mdnamarie.

Le lien intime qui associe analogique et numérique est ici mis en pratique. Un appel à projet a été lancé et quelques curieux de l’analogique se sont prêtés au jeux. Deux étapes distinctes ont été réalisées, ne nécessitant qu’un smartphone. La première partie étant de collecter et de constituer la fameuse base de donnée de portraits. Ils se présentent sous forme de selfies, les plus neutres possible, à la manière des clichés de Thomas Ruff, des portraits sans émotion particulière, aseptisés. La deuxième partie repose non pas sur l’aspect physique du photographe, mais plutôt dans sa démarche et sa pratique. Une manière de faire marche arrière et de retourner à chaque individu dans sa singularité.

Au delà du diplôme, ce projet peut fonctionner en série. Pour entrée, nous avons les portraits types féminin et masculin que j’ai réalisé à partir des 20 photographes. L’édition explique également l’origine de ce projet, puis donne un portrait non plus physique mais moral de photographe type. J’ai ensuite voulu faire un pas en arrière et mettre en valeur les photographes ayant participé, rendre une singularité derrière chaque individu, parce que même s’il existe des points communs dans les témoignages, il m’a semblé nécessaire d’individualiser chaque témoignage.

J’ai utilisé la risographie pour plusieurs raisons, d’abord pour sa possibilité de produire en série, mais aussi pour le grain produit à l’impression et ce côté relativement aléatoire, notion qui est beaucoup citée dans les témoignages.


Merci beaucoup Marie d'avoir pris le temps de nous présenter ce projet fascinant !
Vous pouvez suivre Marie sur sa LomoHome, son site et son Instagram.

écrit par florinegarcin le 2019-12-27 dans #équipement #people #stenope #screenope #mdnamarie

4 commentaires

  1. frenchyfyl
    frenchyfyl ·

    Alors là, chapeau !

  2. mdnamarie
    mdnamarie ·

    @frenchyfyl merci !

  3. joecool
    joecool ·

    Super !

  4. mdnamarie
    mdnamarie ·

    @joecool merci beaucoup

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