Paysages désertiques par Morgane Erpicum avec le Lomo'Instant Wide

Après avoir parcouru les paysages américains avec le Lomo'Instant Square, Morgane Erpicum est de retour sur le Magazine Lomography avec une série sur les horizons désertiques d'Islande et de Californie. Nous nous sommes entretenus avec la photographe belge au sujet de ses images prises avec notre appareil instantané Lomo'Instant Wide, elle nous a parlé de minimalisme et d'anxiété, de la fragilité de la planète et de la petite taille de l'Homme confronté à l'immensité de la nature...

Photo prise par Morgane Erpicum avec le Lomo'Instant Wide et le film Fujifilm Instax Wide Monochrome.

De l'Islande au désert de Californie, les paysages inhabités semblent être tes terrains de jeu. Pourquoi cette attirance ?

À l’heure actuelle, je suis incapable de dire si les thématiques qui m’inspirent expliquent mon besoin viscéral d’explorer ces espaces dépouillés, ou si cette attirance est à l’origine des séries que je développe en photographie.

Le socle de mes poursuites artistiques est thérapeutique, c’est évident.

La photographie (et la peinture, en parallèle) m’a appris à calmer mes anxiétés, m’a mise sur la voie quand je ne trouvais plus de paix dans mon quotidien.

En assumant ma vulnérabilité de petite humaine, perdue dans ces vastes étendues arides, j’ai retrouvé ma place. Humblement, les yeux rivés sur la ligne d’horizon, j’ai appréhendé de l’œil ces immensités et décidé d’y vivre de manière permanente, en faisant de mon mieux pour aider à leur protection. J’ai en effet pris conscience de la terrifiante susceptibilité au changement de ces régions. Non seulement celles nichées au cœur du sauvage, mais celles au carrefour de nos civilisations. Celles dont on taquine les limites, celles que l’on étouffe, celles que l’on s’accapare.

La susceptibilité au changement de ces régions se traduit par une extrême vulnérabilité. J’espère pouvoir mettre en évidence la précarité et l’urgence de la situation à travers ces séries en sublimant la beauté fragile de ces environnements en voie d’extinction.

Photos prises par Morgane Erpicum avec le Lomo'Instant Wide et le film Fujifilm Instax Wide Monochrome.

Dans tes images, il y a quelque chose de l'esthétique de l'entropie, un discours sur le rapport du photographe aux paysages désertiques parfois chaotiques. Pourquoi ce regard qui donne vie à des images presque vides de présence humaine ?

C’est vrai, je me détache volontairement de toute représentation de l’échelle humaine au sein du paysage. Je privilégie le minimalisme dans mes compositions, comme une analogie aux limites du médium de la photographie et celles de la perspective humaine.

Je suppose que ces prises de vue sont, de prime abord, principalement motivées par mon sens de l’esthétique. Après tout, la photographie tire profit des angles de vue instinctivement plaisants : je dois en conclure que ces instants de sérendipité fixés sur la pellicule étaient porteurs d’une symétrie et d’une harmonie que je trouvais touchantes.

Au final, l’humain est constamment en quête de sens. Nous cherchons en permanence à tisser des liens, établir des connections, proposer des rationalisations. C’est, je pense, ce que fait l’œil quand il est confronté au chaos de certains paysages.

La magie de ce désordre réside dans les détails, ceux que révèle l’œil après une longue période d’observation. Ces séquences infinies de roches, de ciel, de neige, de sable démontrent que l’ordre inhérent de notre univers est tout, sauf chaotique. Elles démontrent que la nature nous survivra dans son altérité infinie et inconnaissable, malgré tous nos efforts pour la définir comme un objet de conscience.

Photos prises par Morgane Erpicum avec le Lomo'Instant Wide et le film Fujifilm Instax Wide Monochrome.

Tu sembles inspirée par la photographie des années 70 dans tes photographies prises avec le Lomo'Instant Wide. Est-ce le cas ?

C’est le cas ! Les instantanés me permettent une approche plus ludique. Le grain confère une belle authenticité aux clichés spontanés.

Les paysages et l’atmosphère légèrement anachronique de la Californie se prêtaient tout particulièrement bien à l’emploi du Lomo’Instant Wide. Bâtiments décrépis, motels alanguis au détour de villes fantômes, cimetières de voitures et de déchets à ciel ouvert, jardin de cactus manucurés et piscines d’un turquoise aveuglant...

Photos prises par Morgane Erpicum avec le Lomo'Instant Wide et le film Fujifilm Instax Wide Monochrome.

Comment appréhendes-tu le paysage dans tes photographies ? Est-ce l'expérience du territoire qui mène à l'acte photographique où le fait que tu sois photographe qui te pousses à l'exploration et à la découverte ?

C’est définitivement la photographie qui me pousse à l’exploration.

Je suis une casanière (toujours), une ermite (souvent). Je suis une vacancière paresseuse, les yeux toujours plongés dans un livre, dont les excursions se résument à de longues balades.

Il semblerait que le territoire dicte en fait le type d’exploration que j’entreprends, et que cette exploration ne passe pas systématiquement par la photographie - surtout dans le cadre de vacances à proprement parler.

Par contre, les paysages dont nous avons discuté plus tôt invitent au dépassement de soi, à une canalisation et à un centrage sur l’essentiel.

L’exploration de ces paysages établit les prémisses d’un dialogue, que j’essaie de traduire à travers mon objectif. Elle doit se faire dans le respect, dans les traditions du territoire. C’est une découverte mutuelle, un partage, motivé par un fort instinct de protection envers la planète et la perspective des innombrables apprentissages acquis sur la route.

Photos prises par Morgane Erpicum avec le Lomo'Instant Wide et le film Fujifilm Instax Wide Monochrome.

Tu as utilisé le Lomo'Instant Wide avec du film noir & blanc pour réaliser cette série d'images. Qu'est-ce que le Lomo'Instant Wide t'a apporté ?

J’avais très envie de travailler en noir & blanc. En général, j’évite de l’utiliser en moyen format, donc je n’ai l’opportunité de travailler en monochrome qu’avec mon 35mm (grain, grain, grain) et les instantanés. Les harmonies de couleur sont souvent difficiles à respecter sur pellicule, et j’aime la neutralité et l’intemporalité du noir & blanc.

La largeur des pellicules m’a également souvent plu. J’utilise beaucoup l’horizontalité comme point d’ancrage dans mes photos, et elle se mariait bien avec le format du Wide.

Photos prises par Morgane Erpicum avec le Lomo'Instant Wide et le film Fujifilm Instax Wide Monochrome.

Tu avais déjà testé notre Lomo'Insant Square Glass l'année passée. Est-ce que tu as une préférence pour l'un de nos deux appareils instantanés ?

J’ai une légère préférence pour le Lomo’Instant Square Glass, ce qui m’a surprise. Je pensais que le format Wide par rapport au format carré ferait pencher la balance, mais ce n’est pas le cas.

Les fonctionnalités des deux appareils sont similaires. Ils sont aussi solides l’un que l’autre, faciles à transporter (légère préférence pour l’aspect compact du Square) et fiables.

Là où le bât blesse légèrement, c’est lors du cadrage. La mise au point du Lomo’Instant Wide se fait en décalé, l’œil n’est pas directement derrière l’objectif. Même après un petit temps d’adaptation, je n’ai pas toujours retrouvé sur la pellicule les compositions voulues.

À ce niveau-là, le Square ne pose aucun problème, même s’il faut garder à l’esprit que le réglage de la profondeur de champ aura un impact sur la mise au point (l’angle de l’œil change légèrement).

Photos prises par Morgane Erpicum avec le Lomo'Instant Wide et le film Fujifilm Instax Wide Monochrome.

Dans ta bio Instagram, tu as indiqué "Environmental advocacy through art". Peux-tu nous en dire plus sur ton engagement ?

S’il y a bien un fait intéressant que les médias nous ont révélé cet été, c’est que la problématique environnementale divise.

C’est assez aberrant dans le sens où nous devrions en fait présenter un front uni et volontaire face aux conséquences de la vague de changements climatiques à laquelle nous serons bientôt confrontés.

Pour créer l’engouement, pour susciter un réel engagement, je crois qu’il faut passer par des valeurs et des émotions positives. Je reste persuadée que la peur et la culpabilité ne constituent pas les moteurs les plus indiqués, et que même l’extrême urgence de la situation et le terrifiant déni de certains ne justifient pas l’emploi de tels moyens.

En mettant en évidence la richesse de ces terres en danger à travers la photographie, je délègue le rôle d’émissaire écologique à la Beauté de ces endroits. Elle parle d’elle-même, elle transcende la pellicule, poignante, incroyablement puissante... Et si fragile, si menacée. J’espère pouvoir faire en sorte que les gens tombent amoureux de ces régions, de la manière dont elles m’ont conquise.

En essayant de révéler l’essence même de mon sujet à travers la sobriété de mes compositions et de ma pratique photographique, j’espère pouvoir susciter du respect, ainsi qu’un fort instinct de protection et de préservation.


Retrouvez les photographies de Morgane Erpicum sur son Instagram, sa page Facebook ainsi que son site web.

écrit par florinegarcin le 2019-09-18 dans #équipement #people #lomo-instant-wide #morgane-erpicum

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Nous sommes très heureux de vous présenter le Lomo'Instant Wide — l'appareil instantané au format wide le plus créatif au monde ! Combinant un savoir-faire de haute volée avec des fonctionnalités polyvalentes, le Lomo'Instant Wide est l'appareil photo instantané pour tous ceux qui veulent capturer chaque beau moment, bizarre ou déconcertant de façon créative en grand angle et de manière nette et parfaitement exposée.

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