Elisa Routa : Californie en noir et blanc avec le Lomo LC-Wide

Aujourd'hui on part à l'aventure avec la photographe, journaliste et écrivaine Elisa Routa qui nous emmène sur les routes d'Amérique ! Le Lomo LC-Wide à la main elle parcourt les grandes étendues et capture ces instants sur notre pellicule Berlin Kino 400.
Découvrez dans cet interview son récit de voyage mais aussi son rapport à la photographie et ses questionnements qui la poussent chaque jour à expérimenter de nouvelles choses.


Photos prises par Elisa Routa avec le Lomo LC-Wide et la Berlin Kino 400.

Bonjour Elisa, peux-tu te présenter à la Communauté ?

Basée à Anglet au Pays-Basque, je me décrirais comme un ours dans une station balnéaire, quelque peu farouche et peu loquace, dont le moyen de communication n’est pas franchement le langage parlé. Ce n’est donc certainement pas par hasard que j’ai choisi le journalisme.

Obsédée par les mots, je travaille comme journaliste depuis plus de 10 ans. Après avoir débuté dans la presse écrite spécialisée surf et street (Surf Session, Desillusion, Wax, Huck, Herewith,…), j’ai ressenti le besoin de m’ouvrir à des domaines plus vastes tels que le voyage, l’aventure et les grands espaces. J’ai notamment été rédactrice en chef d’un magazine papier mêlant outdoor et entrepreneuriat. J’ai travaillé comme rédactrice pour Instagram, consacrée à la communauté francophone. Durant cinq années, j’ai été à la tête de Panthalassa, journal dédié à la vision contemporaine de nos océans. Je tente de collaborer avec des publications ainsi que des agences de presse, telle que l’Agence Zeppelin, tournées vers l’exploration et la vie en plein air. C’est dans cette volonté que j’ai co-fondé l’Agence Relief en 2017, agence de création de contenu cross-disciplinaire largement influencée par sa passion pour l’outdoor, l’art et l’aventure. Depuis plus d’un an, je travaille en tant que journaliste pour Vogue, et me suis ainsi spécialisée dans les talents émergents issus du monde créatif (art, mode, photographie, musique,…).

Je mets aussi depuis toujours mes insomnies au profit de l’écriture. À mes heures pas perdues, je griffonne des textes, des vers, des poèmes, des lignes en vrac, des récits d’aventures ou de simples pensées. Tout y passe. Je suis finalement un ours dans une station balnéaire, un stylo à la main, et des carnets dans les poches.

Pourquoi fais-tu de la photographie argentique ? Quand as-tu commencé ?

J’ai récemment retrouvé des pellicules prises lors de mon premier voyage à New York. J’avais 14 ans. Je suis ensuite partie étudier le journalisme à Londres où, durant quelques années, j’ai photographié ma vie là-bas, histoire de pouvoir raconter à ma mère et mon frère tout ce que j’avais la chance de découvrir dans une ville où les gens, réservés et disciplinés, font la queue pour prendre le bus. Venant du sud de la France, Londres avait pour moi un goût d’exotisme.

Au-delà de la simple volonté de documenter ma vie, je crois qu’il me serait difficile d’intellectualiser la démarche initiale mais la spontanéité que demande la photographie argentique m’a toujours plu. Je ne fais jamais poser les gens et ne calcule rien à l’avance. Tout arrive en un clic; un palmier dans un rétroviseur, une vieille voiture américaine garée devant un diner, la lèvre d’une vague qui se forme, l’envolée d’une mouette … Je redoute fortement la préméditation ou la manigance dans un but esthétique, et j’ai aujourd’hui la chance de pouvoir prendre des photos sans aucun impératif. À l’inverse de l’écriture où j’aime parfois le cadre que l’on m’impose, en photo, les contraintes m’effraient. C’est pourquoi j’ai toujours fait le choix de ne pas me décrire comme photographe. J’appréhende toutes les directions qu’on pourrait me donner et suis attachée à cette notion de liberté à mon sens provoquée par les hasards.

Photos prises par Elisa Routa avec le Lomo LC-Wide et la Berlin Kino 400.

Parles-nous un peu de ta passion pour le surf ?

C’est un univers que j’ai découvert assez tôt puisqu’on passait tous nos étés à Hendaye au Pays-Basque avec mon frère. Pieds nus et en slips de bain à arpenter le pont du voilier de mon grand-père, on se prenait pour des aventuriers. On avait le même rituel tous les matins, celui de filer à la plage à 100 mètres de là après avoir avalé une boîte entière de chocos. En tant que navigateur, mon grand-père aimait nous amener au large. Il nous faisait passer la barre en nous portant sur ses épaules ou en nous montrant la voie, le nez bouché sous les rouleaux. C’est, je crois, notre routine autour de l’océan qui m’a naturellement fait découvrir le surf. J’ai d’abord pris des cours, puis j’ai rapidement lâché le shortboard pour un longboard le jour où, en 2009, j’ai débarqué à Biarritz.

À l’époque, je travaillais comme journaliste pour Surfrider Foundation Europe, l’ONG dévouée à la protection de l'océan. J’ai ensuite été embauchée au sein du magazine Trip Surf, Surf Session puis Desillusion. J’ai été rapidement immergée dans l’univers des compétitions et des festivals de surf. Pourtant, c’est davantage la créativité liée au longboard, sa nonchalance, son histoire et son esthétisme qui m’ont bouleversée. J’ai tout découvert sur le tard, grâce à une communauté de surfeurs créatifs farfelus, dont la liberté et l’impertinence me donnaient alors des ailes. Affranchis des règles, ils représentaient ce que je voulais vivre et matérialisaient cette mélancolie qui faisait, depuis toujours, partie de moi. Avec leurs longboards shapés à la main, lourdes répliques des trésors des années 60, ils personnifiaient la nostalgie d’un temps révolu, le tout avec grâce, légèreté, désinvolture et insouciance. Comme s’il n’y avait aucun lendemain, je touchais chaque jour du doigt le paroxysme de la liberté absolue et de l’évasion. Pour moi, encore aujourd’hui, le surf, c’est ça, cet espace euphorique où rien ni personne ne prend de l’âge, où rien est grave.
Encore aujourd’hui, j’aime rencontrer des surfeurs, des artistes, des créatifs ou des virtuoses de la vie qui s’ignorent, ceux dont le talent ou les tendances n’ont pas encore eu le temps de gâcher leur vision du monde.

Alors ce voyage en Californie, comment c’était ? Qu'es-tu parti faire ?

Ce trip avait réellement quelque chose de particulier parce que c’était une véritable surprise pour moi : c’était mon cadeau d’anniversaire. Comme une secrète résolution, je m’étais discrètement fixée l’objectif de voyager encore plus en 2019 et, dès le mois de février, je me suis retrouvée sur les routes de la Californie du sud aux côtés de deux personnes qui me sont très chères.
J’ai l’habitude des roadtrips, des voyages sur la route, des family restaurants, des nuits passées dans des motels souvent miteux, parfois loufoques, au mieux avec des toilettes propres et une télé coincée sur la chaîne météo. Cette fois, nous sommes restées aux alentours de Costa Mesa, et je dois dire que pouvoir vivre cette routine californienne de l’intérieur, que je connaissais uniquement par bribes, a été un vrai régal. On s’est volontairement infligées un tour des surf shops mythiques, quelques sessions surf sur les spots légendaires de San Onofre et Blackies, un séjour dans le désert de Joshua Tree, une escapade colorée à travers les villas de Palm Springs, et un sérieux régime quotidien aux tacos et aux bagels à l’oignon avec avocat et Philadelphia, qu’on a suivi à la lettre. On a aussi eu le droit à un dépannage par un groupe de mexicains adorables parce qu’on avait eu la riche idée de tomber en panne dans une zone industrielle de Santa Ana avec la vieille Toyota de ma pote. Bref, ce trip a été le prétexte de donner vie à mes fantasmes et, surtout, l’occasion d’apercevoir des dauphins depuis la jetée de Newport Beach, dans un cri d’enfant complètement hystérique. Avant toute chose, je m’interdis d’être blasée. Et même si je retourne presque chaque année aux Etats-Unis, je veux m’émerveiller de tout, toujours, et jusqu’au bout.

Photos prises par Elisa Routa avec le Lomo LC-Wide et la Berlin Kino 400.

Tu as emporté avec toi notre Lomo LC-Wide, qu’en as-tu pensé ?

J’ai été véritablement étonnée par le grand angle du LC-Wide. Je ne m’attendais pas à une capacité d’envergure de cadre aussi efficace. J’ai presque regretté certains clichés car j’aurais aimé capturer plus d’endroits symboliques de la Californie, comme les diners, les cafés ou les bars exagérément décorés de fanions, de photos et de signatures de stars décédées encadrées au-dessus du comptoir. Avec le LC-Wide, on peut vraiment réunir beaucoup d’éléments sous une même photo. Les portraits ressortent également vraiment bien. La facilité d’emploi et sa rapidité d’exécution sont dingues. Le point&shoot est très réactif. Vu sa légèreté, l’appareil reste réellement facile à utiliser. Un seul conseil : ne pas hésiter à se rapprocher du sujet pour plus d’immersion encore.

Tu sembles avoir une préférence pour le Noir & Blanc, sais-tu pourquoi ?

J’imagine qu’il est encore ici question de cohérence. Je suis d’un tempérament mélancolique et j’ai passé pas mal d’années à tenter de dissimuler cet état constant derrière un humour exacerbé. J’ai, depuis, appris à assumer ce côté névrosé. J’ai une approche romantique de la vie, je sonde mes émotions, je me pose constamment des questions sur l’existence, les gens, l’origine du monde, et le sens de tout ça. J’ai aussi des interrogations fondamentales du type « Pourquoi Céline Dion a choisi de faire de la trottinette dans les rues de Paris ? ».
Lorsqu’on fait de la photo, je crois qu’on souhaite avant tout s’exprimer. Me concernant, la couleur est souvent trop éloignée de mon état d’esprit ou de mes états d’âmes. Elle sonnerait presque faux. Le peu de fois où je choisis de faire de la couleur, c’est au travers de pellicules périmées afin d’avoir ce rendu pâle et fané. Je suis loin d’être quelqu’un de triste, seulement le noir et blanc réussit à incarner l’humeur perpétuelle dans laquelle je me trouve.
En ce sens, je suis sans cesse en quête d’authenticité, de cohérence, de vérité, et j’ai comme l’impression que le noir et blanc rassemble un peu ma vérité. Peter Lindbergh, qui s’est récemment éteint, disait : « J’aime bien me reconnaître dans les photos que je fais. C’était ça le plus important pour moi, être toujours capable de retrouver mon identité dans mes images. » J’ai pas la prétention de vouloir me retrouver dans mes photos, mais ne pas m’en éloigner, c’est déjà bien.

Photos prises par Elisa Routa avec le Lomo LC-Wide et la Berlin Kino 400.

Question impossible : si tu devais choisir entre la photo et le surf ?

C’est marrant comme question et, paradoxalement, elle est assez simple. Sans hésiter, je choisirais la photo. Il y a tellement de sujets qui m’intéressent en dehors du surf que je pourrais m’épanouir pleinement, et sans regret, uniquement à travers la photographie argentique et l’écriture. J’aime avant tout documenter la vie, la rue et les anonymes qui la peuplent. Je suis notamment fascinée par le travail du photographe new-yorkais Andre Wagner qui, de manière très intelligente et singulière, dépeint une société hétéroclite, diverse et complexe. Malgré le noir et blanc utilisé, les gens sont colorés, multiples et uniques. Je suis convaincue que lorsqu’on replace l’humain au coeur de la photographie, on étend le champs des possibles, et cette perspective inépuisable me réconforte beaucoup.

Des projets à venir dont tu aimerais nous parler ?

Plus les années passent, plus je souhaite me rapprocher de ce que j’aime réellement et des valeurs qui m’animent. Et ce que je veux avant tout aujourd’hui, c’est écrire. La photo va avec, elle est un puits sans fond de souvenirs dans lequel je puise mes récits. À travers la photo et les carnets de notes dans lesquels j’écris, les détails sont précis, les odeurs sont éternelles et les couleurs restent intactes. L’année dernière, j’ai eu la chance de rencontrer Catherine Poulain, auteur du Grand Marin. Elle m’avait dit : « Le Grand Marin, je l’ai écrit vite. Ce contrat est arrivé si rapidement que j’ai l’impression d’avoir fait du collage, du collage des notes que j’avais prises. A la fin, pour être honnête, je n’en était pas très contente. Enfin, le livre m’émouvait beaucoup, je trouvais ça beau, mais ça me semblait normal puisque c’était mon histoire. » Et j’avoue que son expérience m’a un peu rassurée parce que je fonctionne également par notes, j’ai un carnet pour chacun de mes voyages, et ils deviennent la source principale de mes textes. Donc, sans trop en dire, mes projets à venir prendront inévitablement appui sur ce désir profond d’écriture.

Photos prises par Elisa Routa avec le Lomo LC-Wide et la Berlin Kino 400.

Merci à Elisa pour ces jolis mots et ces belles images qui donnent envie ! Vous pouvez la retrouver sur Instagram et sur son site internet pour suivre ses travaux.

écrit par Anna Carestia le 2019-09-11 dans #news #people #black-and-white #surf #palm-tree #usa #californie

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