Nan Goldin : le journal de l'âme

Les travaux de Nan Goldin sont parfois faussement qualifiés de photographies lifestyle, dépeignant des vies influencées par le sexe et la drogue. Il est vrai que de telles images se sont répandues sur les réseaux sociaux, mais loin d'Instagram et des influenceurs, les clichés intimes de Nan Goldin sont un véritable manifeste de la condition humaine. Un journal de l'âme qui traduit ses pensées et ses sentiments, ainsi que ceux de ses proches, en images.

Autoportrait un mois après avoir été battue, 1984 © Nan Goldin

Armée d'un Leica qu'elle ne quitte jamais, Nan Goldin a su casser les codes de la photographie classique : flou, surexposition, mauvais cadrage, ... L'instant présent, jamais mis en scène, spontané et inattendu. Ces termes ne définissent pas seulement ses photographies, mais sa vie également. Entre dépression, cures de désintoxication, la perte de nombreux proches, ... la pratique de la photographie semblait être devenue sa thérapie. Ou du moins, elle l'accompagnait de très près.

Joanna riant, Hotel Paris, 1992 / Suzanne pleurant, 1985 / Brian au téléphone © Nan Goldin

Nan Goldin explique que les couleurs de ses premiers clichés étaient très saturées car elle ne portait pas de lunettes et qu'elle utilisait le flash de son appareil. Cette utilisation d'un flash était étroitement liée à sa vie nocturne, mais en 1989 la photographe s'est rapidement rendu compte que l'utilisation de la lumière naturelle était possible.

Nan et Brian au lit, New York, 1983 / Greer and Robert sur leur lit, New York, 1982 / La sieste, Paris, 2010 / Hématome en forme de coeur / L'étreinte, New York, 1980 / Lits vides, Lexington, Massachusetts,1979 © Nan Goldin

Souvent décrite comme photographe de la contre culture, elle illustre et documente les vies "alternatives", questionne les raisons qui poussent un être humain à la destruction, et illustre les émotions brutes avec amour et empathie. Toutes ses œuvres publiées ont un lien : toutes les personnes présentées dans les travaux de Goldin (La ballade de la dépendance sexuelle, 1986, The Other Side, 1993 ou encore The Beautiful Smile, 2007 ) ont vécu avec elle, sont devenus des amis, des amants et beaucoup se sont éteints peu de temps après avoir contracté le virus du Sida.

Ses clichés peuvent être considérés comme de la documentation. Des archives d'une époque révolue essentielles aux mémoires individuelle et collective.

Gotscho embrassant Gilles, Paris, 1993 / Bea dans sa chaise, Boston, 1972 / Jimmy Paulette et Taboo! dans la salle de bain, 1991 © Nan Goldin

Les récents travaux de Nan Goldin présentent principalement des paysages. Une évolution presque évidente après la perte de tant de proches. Ce lien avec la nature relèverait peut-être du spirituel, d'un besoin de calme et de solitude, de beauté transcendantale.

Puisqu'il est impossible de résumer 40 ans de photographie en un article : consultez notre sélection pour le simple plaisir des yeux et de l'âme.

© Nan Goldin

Retrouvez Nan Goldin sur son Instagram ! Les propos de Nan Goldin ont principalement été tirés d'entretiens écrits et oraux.

écrit par Lea Fernandes le 2018-10-05 dans #culture #people #people #nan-goldin

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