Photo-broderie avec AkuMimpi

Ses photo-broderies nous avaient intrigué. Rencontre avec l'artiste derrière ces œuvres originales.

Hello ! Mais qui se cache derrière "AkuMimpi" ? Présente-toi !

Bonjour ! Derrière AkuMimpi, il y a Alice Peronnet, conceptrice graphique aux Éditions J’ai lu, amoureuse et fascinée par les images (quelles qu’elles soient) depuis toute petite.

Illustratrice, graphiste, photographe, et même... brodeuse ! Comment as-tu commencé toutes ces pratiques ?

J’ai toujours été attirée par les images, leur diversité, leur pouvoir, leur universalité dans le temps et l’espace… Mon premier ordinateur était uniquement une immense bibliothèque de visuels glanés sur le net ou scannés dans tous les magazines qui me passaient sous la main. Et comme toute collectionneuse, plus la collection grandit, plus on devient exigeant dans ce que l’on recherche, c’est comme ça que j’ai voulu créer mes propres images. Dès le début, je n’avais pas une pratique “fermée” de la photographie : parfois je retouchais, parfois non, cela dépendait de ce que j’avais envie d’obtenir ou de ce que je voulais exprimer. La diversité des pratiques est une continuité logique de cette volonté et fait partie de ma conception de l’image.

D’ailleurs, as-tu une préférence parmi elles ?

Pas vraiment, même si les deux pratiques qui reviennent assez systématiquement sont la photographie (mon premier amour) et la création numérique (mon deuxième amour et mon quotidien). Mais je ne me ferme pas. Dans mon travail personnel, je suis surtout à la recherche du plaisir et j’essaie de ne pas m’imposer de barrières, j’adore expérimenter. Les contraintes font partie de ma pratique “professionnelle” de l’image, elles sont nécessaires et parfois intéressantes car elles constituent une sorte de défi, mais lorsque je crée “pour moi”, j’essaye de prendre le contre-pied de ça : pas de limites de genre, de support ou de technique. La curiosité et le plaisir avant tout !

Quel est ton rapport à la photographie ? Est-ce juste un support, un canevas, ou bien une forme d’expression à part entière ?

La photographie est mon premier amour. Elle a comblé un manque et m’a appris à parler sans peur. Elle est un moyen d’expression, un outil de partage, une aide. C’est un rapport particulier au réel : elle permet d’en avoir une perception différente, elle est donc aussi un moyen de le changer. Elle donne libre cours à ce qui est en nous et qu’on ne peut dire avec des mots. Elle nous interroge et nous change. Elle est à la fois universelle et très intime.

Au passage, bravo pour l’argentique ! Tu nous racontes ton histoire avec la photo ?

Pour moi, comparer la photographie argentique et la photographie numérique, c’est comme comparer la peinture à l’huile et l’aquarelle, et me demander de choisir serait comme de me demander de faire un choix entre le salé et le sucré : ce n’est pas parce que j’aime les chips que je n’aime pas le Nutella ! L’état d’esprit dans lequel je me trouve avec mon appareil argentique se rapproche presque de la méditation : je suis très concentrée et j’oublie tout ce qui ne rentre pas dans le processus photographique. Je suis à la fois centrée sur moi, sur mes réglages et aussi très consciente de mon environnement, de ce que je vois et ressens. Les occasions sont souvent uniques et la pratique moins consumériste, on retient son souffle au moment d’appuyer sur le déclencheur. C’est un moment étrange où l’apaisement se mêle à la tension.

Et cette idée de photo-broderie, d’où vient-elle ?

Elle vient d’abord d’une volonté de donner une deuxième chance à tous ces tirages de lecture datant de mes études de photographie et que je gardais dans des boîtes. Je me souviens de la joie que je ressentais quand j’allais les chercher au labo, les voir ainsi inutiles et oubliés m’attristait ! Ma grand-mère et ma mère sont – entre autres – des brodeuses averties et ont souvent essayé – jusqu’à présent, en vain – de me convertir, je possédais donc du matériel. Je me suis dit que les deux pratiques avaient en commun un charme un peu désuet et qu’il serait intéressant d’essayer de les marier pour voir ce qu’il en ressortirait. De plus, quand on brode sur des tirages photo on a très peu le droit à l’erreur : comme je suis obligée de pré-percer le papier avant de broder, un fois que le trou est fait, plus moyen de le changer ! Et si je rapproche trop deux trous, lorsque je vais tirer sur le fil, il peut y avoir une déchirure et tout est fichu ! Comme lorsqu’on règle mal son appareil photo lors de la prise de vue.

Enfin, c’est tellement agréable de voir que même un tirage qui, au départ, n’avait rien de particulier devient unique grâce à la broderie alors que je ne suis pas une brodeuse experte : les deux se subliment mutuellement, un mariage réussi en quelque sorte. Et je dois aussi reconnaître que cela me fait du bien de lâcher un peu mon ordinateur !

Les œuvres que tu crées avec cette technique interpellent, graphiques, géométriques, souvent abstraites et parfois absurdes. D’où vient ton inspiration ?

Elle me vient de tellement de choses et elle est souvent inconsciente. Parfois, elle me vient du tirage lui-même, ou de mon humeur, des couleurs et des matières que j’ai envie d’associer, de ce que j’ai envie de faire passer, des images que j’ai vues pendant la semaine, et même parfois juste des nouveaux fils que je viens d’acheter et que j’ai envie de tester. Comme toujours, les maîtres mots sont “pas de limites”, je n’essaye pas de faire quelque chose qui plaira forcément. D’ailleurs, c’est drôle de voir à quel point, en fonction de la personne, ce ne sera jamais les mêmes tirages qui plairont. J’aime surtout encore et toujours expérimenter.

Un dernier (lo)mot ?

Sans surprise, j’en ai deux : curiosité et plaisir !


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écrit par Théo Depoix-Tuikalepa le 2016-11-22 dans #people

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