Emovere : une série au Lomo'Instant Wide de Sandra Fastré - Hans Lucas

2017-11-28

Sandra Fastré est une photographe basée à Toulouse. Membre du studio Hans Lucas et Vice-Présidente de FreeLens (association reconnue d'utilité publique) qui se donne pour but de promouvoir la photographie et les nouvelles pratiques liées à l’image auprès de tous les publics. Avec un regard empreint de douceur et de sensibilité, Sandra Fastré observe l'intime et s'intéresse à l'humain, tout simplement. C'est ce regard qu'elle partage avec nous à travers notre Lomo'Instant Wide. Voici sa série intitulée Emovere.


Salut Sandra, peux-tu te présenter aux lomographes ?

Bonjour à vous ! Mon parcours est atypique puisque je suis autodidacte. Assez curieuse, avide de connaissances et de découvertes, je me suis rendue régulièrement à l’ensemble des manifestations proposées par les acteurs du milieu photographique Toulousain. Au fil du temps, je me suis construit un réseau, et j’ai toujours été en contact avec des photographes bienveillants à mon égard. Certains d’entre eux m’ont fait de superbes cadeaux dont un Holga, un Lubitel puis un Polaroid 215. Je les utilise depuis 2010 et suivant les projets sur lesquels je travaille, je prends un réel plaisir à les mettre encore à contribution.
J’ai démarré par des expérimentations techniques sur l’urbain et le paysage. Peu à peu, j’ai développé ma pratique en assistant aux stages annuels et de perfectionnement dispensés par l’atelier de photographie de l’Espace Saint Cyprien sur Toulouse. Mes sujets se sont développés autour de deux grandes thématiques : le documentaire social et la photographie créative.
Je suis basée en région Toulousaine et me déplace régulièrement sur Paris.

Comment as-tu commencé la photographie ?

J’ai commencé la photographie en 2008, réalisé ma première exposition collective en 2009 et j’ai mis les deux pieds dans le milieu professionnel en 2010 en m’impliquant dans une association reconnue d’Utilité Publique en mai 2011 « FreeLens pour une photographie d’utilité publique » qui œuvre pour appuyer les photographes et professionnels de l’image fixe et animée.
De retour d’un voyage aux Etats-Unis à New York, j’ai intégré le Studio de création Hans Lucas en 2015 (plateforme collaborative qui recense aujourd’hui à peu près 300 photographes basés partout en France, en Europe et à l’International).
Aujourd’hui je me professionnalise de plus en plus. Certaines images issues de mes travaux sont publiées dans la presse dont la Vie hebdo, Libération, l’Express et le film photographique « Naya » a été diffusé par Médiapart.
Je m’intéresse autant à l’image fixe qu’animée dont les Petites Œuvres Multimédias.

Est-ce que tu penses que tes études de psychologie ont influencé ta pratique de la photographie ?

Effectivement tout est lié. De par ma profession initiale où j’ai exercé pendant près de 10 ans en Ergonomie et Psychologie sociale je suis naturellement sensible à des sujets spécifiques dans ce domaine. Cela permet de mieux appréhender le fonctionnement de l’humain, de mieux comprendre la société dans laquelle on vit.
Bien souvent l’Ergonome /Psychologue social intervient pour apporter des éléments de compréhension sur des dysfonctionnements, des problématiques sources d’incompréhension dans la sphère du travail. Une fois que l’origine du problème a été identifiée, le professionnel est en mesure de proposer diverses actions permettant de résoudre ou diminuer les dysfonctionnements repérés. Il transmet et utilise des outils pour accompagner l’entreprise dans le processus de changement. C’est un peu ce que j’applique dans ma pratique photographique. Face à des questions sociétales qui sont sources d’incompréhension ou des problématiques de vie méconnues, je vais développer un projet visuel permettant de mieux comprendre une histoire personnelle ou l’humain. Je m’interroge beaucoup et face à une situation qui me paraît totalement décalée par rapport à notre époque, j’utilise la photographie afin de proposer des pistes de réflexion et appréhender la complexité de la société dans laquelle on vit.

Tu évoques l’idée de tension dans ta série « Emovere ». Est-ce quelque chose que tu retrouves en photographie ?

Il y a deux choses à distinguer. Le sujet sur lequel je travaille depuis bientôt 6 ans qui traite de ce qui est de l’ordre du psyché. Et la façon dont je travaille où il n’est aucunement question de tension.
Le sujet propose une vision de ce qui nous est mental lorsque l’être humain est confronté à une contradiction qui met à mal une valeur morale, religieuse, politique, sociale, collective, familiale etc. Le malaise intérieur qu’il va éprouver peut se concrétiser par de la culpabilité, le refus d’envisager autrement cette valeur qu’il pensait commune à tous, bien établie et solide. Comme l’être humain n’apprécie pas d’être en discorde envers lui-même, il va chercher des solutions pour réduire au maximum cet inconfort psychologique. « Emovere » traduit ces émotions, cette discorde, et les éléments par rapport auquel il va tenter de se raccrocher pour retrouver une harmonie mentale. Cette série est à envisager comme un opus à la série « l’écorché ».
Pour aborder un tel sujet et éviter de tomber dans le cliché, puisqu’en filigrane de "Au bord du visible l’invisible" de David Brunel (2010), il s’agit d’essayer de rendre palpable un monde sensible de l’invisible par le visible, je m’inspire beaucoup d’autres auteurs. Je propose l’image comme support de compréhension de notre monde, dans la continuité des travaux d’Anni Leppälä. Mais cette photographe n’est pas ma seule source d’inspiration, puisque je m’appuie aussi sur mes connaissances en peinture et précisément celle de la période de la renaissance ainsi que de ses codes pour penser mes images et construire la narration. Généralement, je réalise 3 à 4 images différentes et choisis la meilleure qui retranscrira le sujet que je souhaite partager. Il ne s’agit pas de tension mais de trouver un juste équilibre où l’image proposée est justifiée, pertinente par rapport au propos développé.

Quelles sont tes impressions sur le Lomo Instant Wide ?

Les objectifs différents permettent une plus grande liberté pour les prises de vue. Le fait de pouvoir décider d’utiliser ou non le flash est très agréable. J’y ai été très sensible car je travaille essentiellement en lumière naturelle. Il est possible de l’utiliser dans beaucoup de contextes : en faible lumière, en intérieur, en pleine journée, plein soleil. Le plus est de pouvoir effectuer les prises de vue à distance avec le clapet prévu à cet effet.

Qu’est-ce qui t’inspire ?

Je serais tentée de dire tout. En plus des travaux photographiques d’autres auteurs et des expositions, je lis beaucoup. Je viens de terminer « Devant le temps » de Georges Didi-Huberman aux éditions de Minuit. Je vais enchaîner avec « L’art comme malentendu » de Michel Thévoz aux éditions de Minuit et terminer avec « Du temps dans la photographie » d’Arnaud Claass. Pour la littérature poétique, je lis régulièrement « Capitale de la douleur » et « L’amour la poésie » de Paul Eluard aux éditions Gallimard.
Je suis mes ami(e)s et connaissances sur l’ensemble des réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter, de temps en temps Linkedin) que les sujets photographiques soient issus du photojournalisme, du plasticien, du documentaire, du paysage, du contemporain.
Tous les matins entre 7h30 et 8h30, je fais ma revue de presse web : sujets d’actualités dans la presse nationale et internationale, les expositions à voir ou à venir, les nouvelles éditions à paraître et parues, les sujets développés dans les magazines photographiques, les web magazines pour en citer quelques-uns : plateform, mowwgli, In Frame, le magazine du Jeu de Paume etc., les appels à auteurs, les lauréats de prix photographiques, les articles théoriques, sociologiques ou plus personnels écrits par les membres de mon réseau, les newsletters que je reçois tous les jours.

Quels sont tes projets à venir ?

Développer de nouveaux opus à « l’écorché » et « Emovere ». Je pense que j’ai encore 1 an de travail devant moi pour proposer le sujet dans sa globalité sous forme d’installation et associer de nouveaux partenaires qui me soutiennent depuis 2010 et qui continuent de me suivre dans mes projets.
Terminer un sujet plus personnel démarré en 2016 en Noir et Blanc avec la réalisation d’un film photographique avec une caméra ancienne.
Continuer à proposer des reportages et documentaires sociaux en presse que je réalise dans la région. Alimenter des dossiers plus illustratifs au gré de mes déplacements.
Organiser 2018 pour de futures expositions et d’autres actions suivant les propositions que j’aurai.
J’ai de quoi faire !!!!
Pour conclure, je tiens à remercier l’équipe Lomography France pour la confiance qu’ils m’ont octroyée, leur réactivité et gentillesse ! J’espère de nouvelles collaborations car ce fut un réel plaisir de travailler avec vous !


Pour en savoir plus sur Sandra Fastré et son travail, faites un tour sur son site internet et son Instagram.

écrit par lomographyfrance le 2017-11-28 dans

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