Charlotte Skurzak et le Petzval 58 Bokeh Control : une série poétique inspirée de "Jour, ô scandale" de René Daumal

2017-06-17 2

Nous avons confié le Petzval 58 Bokeh Control à la photographe et laborantin Charlotte Skurzak. Nous vous présentons aujourd'hui sa poétique et envoutante série inspirée par René Daumal qu'elle a réalisée avec Hana Bolkonski vêtue d'une élégante robe signée par la styliste Angeline Bertron.

Nom : Charlotte Skurzak
Ville : Paris
Profession : Laborantin
Site Web / Réseau sociaux : cskurzak.tumblr.com ; cskurzak
Appareil : Nikon FM2
Pellicules : Ektar100 et Acros100
Objectif : Petzval 58 Bokeh Control
Stylisme/MUA : Angeline Bertron
Modèle: Hana Bolkonski

Hello Charlotte ! Est-ce que tu peux te présenter et nous parler un peu de ton parcours ?

Bien sûr. J’ai 29 ans et j’habite à Paris depuis 3 ou 4 ans. Avant cela, j’ai pas mal bougé pour mes études. Mon bac arts appliqués en poche, je suis allée à la fac d’art plastique de Saint-Étienne. J’ai eu la chance d’apprendre la photographie argentique avec un prof qui était passionné ; c’était toujours agréable de l’entendre parler de son sujet et même les cours magistraux étaient top. Deux ans après, direction les Vosges pour l’école de l’image d’Épinal. J’y étais partie pour faire de l’illustration ou de la bande dessinée, j’en suis ressortie avec un diplôme regroupant texte et photographie. Je n’ai jamais laissé de côté l’aspect narratif, c’est sans doute pour cela que j’ai enchaîné avec une deuxième licence mais cette fois-ci aux Beaux Arts d’Angoulême. Je pense qu’encore aujourd’hui, cela se sent dans mes photos, du moins je l’espère. Une fois cette deuxième licence en poche, je suis partie pour Paris faire un boulot de photographe assez ingrat et mal payé : photographe en maternité. Mais à force de rencontres dans le milieu de la photographie à Paris, j’ai entendu dire que l’on cherchait une nouvelle personne chez Nation Photo, et depuis, j’y suis !

Est-ce que tu peux nous parler de ton univers artistique ? Quelles sont tes influences ?

Mon univers, je dirais qu’il est onirique, rêveur et nostalgique. La nostalgie est basée sur des souvenirs réels, des sensations… La mélancolie, elle, a perdu cette connexion et se nourrit elle-même. Je ne cherche pas à transmettre une tristesse infinie dans mes photographies mais une sorte d’entre deux, car malgré les souffrances, il faut donner un peu d’espoir, un peu d’amour. Pendant longtemps, mes photographies ont été inspirées par Walker Evans pour le côté réaliste, et Sophie Calle pour une version moins terre-à-terre, un peu plus loufoque mais tout aussi poignante. Ayant beaucoup travaillé sur le récit de vie, ils ont été pour moi une inspiration puissante. Même si mon travail se concentre sur les sentiments et les émotions qui me traversent, donc encore emprunts de vie, de choses réelles, je matérialise aussi dans des portraits et autoportraits des figures puissantes et fortes. Je me nourris d’images, de vidéos, de musique (énormément de musique) et d’expériences qui marquent mon travail, le font évoluer et j’espère, arriver à une certaine perfection personnelle.

Quel est ton rapport à la photographie argentique/numérique ?

J’ai beaucoup navigué entre le numérique et l’argentique. Avec ce dernier, j’ai eu plus de possibilités d’expérimentations et de création, que ce soit lors du choix de l’appareil, de l’objectif, du film, de la chimie voire lors du tirage. L’un de mes premiers gros projets, à Épinal, a été de réaliser un livre de A à Z, et l’expérimentation en laboratoire avait été l’un des piliers de cette édition. Depuis, il m’a été impossible de me remettre à faire du numérique pour des projets vraiment artistiques. Il n’y a que grâce aux pellicules ou aux films instantanés que j’arrive à m’exprimer, à respirer.

Est-ce que c'était la première fois que tu utilisais un appareil ou un objectif Lomography ?

J’ai longtemps utilisé un Holga ; il a été mon premier moyen format. J’adorais le 6x6, cela changeait tellement du 24x36 et j’avais entendu parler du moyen format depuis la fac d’art plastique. Quelques pépites en sont sorties, des photos avec plein de défauts mais qui résonneront toujours comme « mes premiers moyens formats ». J’ai pu, par la suite, utiliser un Diana F et un instant Back mais j’en étais beaucoup moins fan. En ce qui concerne le Petzval, c’était une première !

Peux-tu nous raconter l'histoire derrière la série de photos que tu as réalisée avec le Petzval 58 ?

Une amie styliste, Angeline Bertron, avait réalisé une superbe robe. La forme était élégante, la couleur profonde et vibrante. J’avais très envie de rendre honneur au travail de mon amie, j’ai donc proposé une séance photo à Hana Bolkonski – modèle, poétesse et amie. Nous travaillons régulièrement ensemble et nous nous comprenons sans beaucoup de mots. L’ambiance de la séance s’est installée rapidement, ainsi que les sentiments que je souhaitais faire ressortir des photographies. D’ailleurs, Hana a eu en tête, tout le long de la séance photo, un poème (Jour, ô Scandale ! de René Daumal) qui colle parfaitement aux photos. Voici un extrait pour vous donner une idée :

"Mais où flottent les mains d’ombre? N’est-ce pas, n’est-ce pas que le jour est menteur? Ah! vous ne croyez pas, vous non plus, au soleil? Hélas! bleu et blanc et vert sur les collines, l’espace crie et rit de ma solitude. La véritable nuit est dans le cœur des fleurs, des grandes fleurs noires qui ne s’ouvrent pas. Assassin d’or et de verre bleu, tu me l’as dérobée le temps que je m’éveille, il n’y a rien de plus que des couleurs, des formes et des sons, un monde sans détours. Mais mon œil en s’ouvrant est devenu aveugle, d’un coup de paupière, ô pauvre océan, toi qui noyais les rires du soleil, adieu; oh! pourquoi ce ciel inutile? Je ne crois plus à la lumière, il ne reste rien, des îles éparpillées s’en vont mourir dans les gouffres, mais je ne sais plus me perdre, et je pleure dans le faux jour."

Le tout, accompagné d’un fond sonore de Yann Tiersen et de Pegase.

Une photo préférée peut-être ? Si oui, pourquoi ?

J'adore les deux photos ci-dessous qui, pour moi, fonctionnent ensemble. Impossible de les dissocier, d’en sélectionner juste une.

Qu’est-ce que tu aimes le plus à propos de l’objectif Petzval 58 Bokeh Control, ou parle-nous de ses meilleurs fonctionnalités et caractéristiques ?

Esthétiquement, cet objectif m'a plu. La mise en pratique fut agréable même si, de prime abord, l'on est désarçonné par la mise au point et le changement de focale. On prend le coup de main rapidement et l'utilisation des lamelles devient vite intuitive. J'ai essayé de jongler entre un bokeh très doux et un autre très marqué afin de tester les différentes fonctionnalités sans non plus utiliser le bokeh maximum. Tout a été naturel dans la prise en mains, ce qui me donne envie de retenter l'expérience pour des projets plus artistique, voire même d'utiliser l'objectif Daguerreotype Achromat !

Des projets futurs dont tu aimerais nous parler ?

J’en ai quelques-uns sur le feu. Un premier, appelé « Les Hommes Fleurs », photographié au Pentax 67 et avec de l’Acros 100. J’espère arriver à bien avancer afin de proposer une modeste exposition d’ici fin 2017/début 2018. Le deuxième est un poème qu’Hana Bolkonski a écrit, j’ai été ravie qu’elle me propose de travailler à deux, aimant ses textes. Je me suis lancée un gros défi d’illustration mêlant photographie argentique et polaroïd, le tout avec des expérimentations plastiques. Une micro-édition devrait en résulter. Sans doute un troisième projet, alliant photographies, tirages cyanotypes ainsi que gravure le tout en collaboration avec Tetra Edition mais surtout Mathilde Payen. Sans oublier toutes les séances photos ponctuelles que vous pouvez voir sur mes pages au fil des jours, des mois, de la colère, de la tristesse et de la joie. On se croirait dans Inside Out !

écrit par florinegarcin le 2017-06-17 dans #people

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2 commentaires

  1. argentic-translation
    argentic-translation ·

    Génial, je n'avais pas encore eu l'occasion de voir son travail, merci les copains =)

  2. florinegarcin
    florinegarcin ·

    @argentic-translation Cool ! Nous sommes très contents de présenter son travail ! :)

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