L'histoire du LOMO LC-A racontée dans ses moindres détails

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L'histoire de l'original LOMO LC-A russe est l'une des histoires les plus populaires. Cet appareil compact a marqué la postérité et il occupe une place de choix dans l'histoire de la photographie argentique. Il a été en effet l'un des premiers appareils à enfreindre les règles de la photographie du XXe siècle. D'ailleurs, l'histoire de la Lomographic Society est étroitement liée à l'histoire du LOMO LC-A.

C'est pourquoi nous vous racontons ici l'histoire du LOMO LC-A russe, du début à la fin.

Début des années 80 : un début fatidique

Ce n'est pas un secret : en 1981, l'appareil compact japonais Cosina CX-2 a été l'inspiration du LOMO LC-A russe.

Le Général Igor Petrowitsch Kornitzky, le bras droit du Ministre de la Défense et de l'Industrie soviétique, a introduit l'appareil dans le bureau de son camarade Michail Panfilowitsch Panfiloff, le directeur de la Russian Arms and Optical factory. Kornitzsky a été ébloui par la finesse de l'objectif du Cosina CX-2, son extrême sensibilité lumineuse et son boîtier robuste. Sous le charme du Cosina CX-1, les deux hommes ont décidé d'imiter le modèle tout en améliorant le design. L'objectif était alors de produire la plus grande quantité de cet appareil en version soviétique.

Le LC-A et le Cosina CX-2

Selon le Grand Livre du LC-A, l'ingénieur Mikhail Grigorievich Kholomyansky a légèrement changé le design du LC-A, pour une question de brevet, afin d'éviter tout conflit avec les Japonais. Cependant, cela n'a pas plu au General Panfiloff, qui voulait que le LC-A soit une copie exacte du Cosina. Perplexe, Kholomanyansky a repris le design du LOMO LC-A en essayant de répondre aux désirs du général en essayant tout de même de remédier à ce problème de plagiat.

En 1982, grâce à l'ingénieur Mikhail Grigorievich, l'URSS produisit des exemplaires du LOMO LC-A à St. Petersbourg, dans l'idée que chaque communiste devrait avoir le LOMO KOMPAKT AUTOMAT.

Pour l’optique de l'appareil, le LOMO PLC a recruté l'ingénieur Mr. Tarabukin pour créer l'objectif le plus précis possible. Cependant, le coût de production de l'objectif était trop élevé, raison pour laquelle sa conception a été déléguée au spécialiste optique interne, Lev Sakin. L'objectif a alors été baptisé d'après Mr. Tarabukin -- l'objectif "Minitar-1".

On passe en 1984. L'appareil LC-A a très vite été produit en masse, avec des ventes annuelles de plus de 1000 unités, et cela seulement sur le marché russe. Les soviétiques et leurs pays alliés -Vietnam, Cuba, l'Allemagne de l'Est-, ont tout de suite approuvé le LOMO LC-A au cours des années 80, et ont documenté avec cet appareil les derniers moments historiques du communisme soviétique.

Des échantillons du LC-A et une coupure de la presse russe sur le LC-A

Jusqu'à 1200 employés ont travaillé à la fabrication de ce nouvel appareil. Le chef de production Olga Tsvetkova a choisi des femmes pour effectuer l'assemblage. L'étape suivante a impliqué des ingénieurs qui ont retravaillé les mécanismes de l'appareil, comme son ouverture et son système mécanique. La plupart des ingénieurs de la LOMO PLC provenaient de l'institut LITMO de la "Technikum (Technical School)", l'école où Mikhail Kholomyansky et Olga Tsvetkova avaient été formés.

Photographies du LOMO PLC

De 1991 à 1992: le déclin et l'essor du LC-A

La chute de l'URSS en 1991 n'a pas contribué à l'essor de la production du LOMO LC-A. Au contraire, celle-ci a baissé à cause des importations soudaines provenant d'Asie.

Le destin du LC-A a de nouveau été conditionné par un heureux hasard : cette fois-ci, c'est un groupe d'étudiants autrichiens en visite à Prague, en Tchécoslovaquie (actuelle République Tchèque) à l'occasion de la réinstauration démocratique en mai 91. Ces étudiants étaient des passionnés de photographie argentique. Ils sont allés dans des boutiques old school d'appareils photo, à la recherche du LC-A qui était depuis un moment en rupture de stock. Les étudiants viennois sont finalement tombés sur l'appareil qu’ils ont acheté. Ils l’ont testé et ils sont tombés sous le charme de cet appareil. Du coup, ils ont fait l’acquisition de plusieurs exemplaires et ont shooté des tonnes de pellicules. Ils n’ont pas forcément regardé à travers le viseur, ont pris des photos de bas en haut et de haut en bas.

Quand les photos prises au LC-A des étudiants viennois ont été développées et diffusées, la demande du LOMO a explosé. En 1992, la Société Lomography (Lomographische Gesellschaft) a été fondée et installée à Vienne. Elle a aidé les amateurs de cette esthétique à se procurer le LOMO LC-A, parfois même de façon clandestine.

Les étudiants qui ont tout commencé; un homme qui utilise le LOMO LC-A

La demande a été si forte que la société a décidé de réaliser des expos, des soirées, des ateliers, des sorties et des "Lomo Embassies". Le LOMO LC-A n'était désormais plus une copie du Cosina, il devint symbole d'un style de vie qui changerait par la suite l'histoire de la photographie.

Le seul problème de cet énorme marché ? Comme l’appareil n’était plus produit, l'approvisionnement en LC-A est devenu compliqué. Pour résoudre ce problème, les mêmes étudiants viennois sont allés personnellement à la fabrique optique de LOMO à St. Pétersbourg, et ont mené des négociations avec les chefs de la Société LOMO et l'actuel président russe Vladimir Poutine (à l'époque, vice-maire de St. Petersbourg), pour redémarrer la production de l'appareil, en profitant du succès international de l’appareil. Et ils ont réussi.
Néanmoins le LOMO LC-A a continué à faire face à des challenges concernant sa production pour le reste des années 90.
h2. De 1994 à 1997: Toujours plus de risques et d'efforts.

A partir de 1991, la demande du LOMO LC-A a connu une baisse progressive, le niveau économique et le pouvoir d'achat en Russie ne permettait pas au gens de se procurer un appareil de ce prix. En 1994, la production du LOMO LC-A ne comptait plus que 30 travailleurs, elle a commencé à s'interrompre, et finalement le département de l'appareil et des pellicules a été fermé.

A cette époque, le destin du LC-A et celui de la Société LOMO a demeuré incertain. 15,000 employés ont été renvoyés. Dans le but de relancer et promouvoir l'appareil, des nouveaux lomographes se sont mobilisés et sont allés à Moscou pour une exposition.

C'est grâce au succès de cette expo que la production du LOMO LC-A a été renégociée à St. Petersbourg. On produisait alors 1000 appareils par mois et on les expédiait en Autriche. Avec la chute de l'URSS, les coûts de l’énergie et de production ont fortement augmenté, transformant l'économie russe en une économie capitaliste. La demande du LOMO LC-A a augmenté, ce qui a fait monter son prix de vente de 50%.

En 1997, c’est devenu un problème pour les nouveaux lomographes. La Société Lomo a donc pris un rendez-vous avec le consul d'Autriche à St. Petersbourg et a négocié de nouveau avec Vladimir Putin, pour s’accorder sur un nouveau prix et coût de production de l'appareil. Cette négociation a maintenu le coût de production afin de pouvoir offrir un prix de vente abordable. L'appareil a aussi subi quelques changements : la version de 1997 était un peu plus légère et a inclus deux petits contacts sur la partie supérieure droite, pour pouvoir éventuellement ajuster un moteur d'entraînement à l'appareil. La production a finalement été assurée après ceci.

La version du LC-A de 1997

En 1999, les efforts pour maintenir le LOMO LC-A en vie ont été plus persévérants que jamais. Comme réaction à la hausse du prix et la concurrence du marché d'appareils d'occasion qui vendait des LC-A à meilleur prix, la Société Lomography a ouvert la première ambassade Lomography à St. Petersbourg, Russie.

Selon le LC-A Big Book, Lazar Zalmanov a donné la bienvenue au nouveau millénium en célébrant la sortie du LOMO FOTOKOR à l'ambassade Lomo.

Lazar en train de faire un discours; un modèle d'appareil de la Société LOMO

“C'est l'anniversaire du LOMO FOTOKOR, le premier appareil produit en masse par l'Union Soviétique. Nous célébrerons ceci dans un des théâtres les plus prestigieux de la ville ; nous appellerons cet évènement : 'Ramenons le LOMO LC-A de retour à son pays d'origine.' Nous annoncerons l'ouverture de l'ambassade Lomo à St. Petersbourg et conclurons l'évènement avec le vin Lomo que nous ont ramenés nos ambassadeurs LOMO allemands."

Cet évènement a assuré le statut du LOMO LC-A, du moins au cours des 8 années suivantes.

2005: La fin d'une époque

Début avril 2005, l'entreprise optique LOMO annonce qu'elle allait finalement cesser la production de l'appareil, parce qu'elle ne peut plus assurer la fabrication d'une seule petite caméra en même temps qu'elle fabrique des produits de plus haute technologie. Selon le LC-A Big Book, une des raisons de cela était aussi que les fabricants du LC-A vieillissaient, partaient à la retraite, motif pour lequel le savoir-faire de la fabrication de cet appareil se perdait progressivement.

Une centaine d'appareils LOMO LC-A étaient toujours en stock et ont été vendus très rapidement. Un petit workshop du LOMO LC-A a été ouvert à l'ambassade Lomo de St. Pétersbourg, avec le soutien d'anciens chefs de la Société LOMO. Environ 5000 appareils endommagés ont été envoyés à ce workshop et sont restés en stock pendant 10 ans. Ces appareils sont actuellement vendus sur la boutique en ligne Lomography.

Igor, un membre de la Société LOMO dans les années 50, chargé de l'assemblage des appareils Leningrad, a été le responsable de l'assemblage du LOMO LC-A. Il se charge aujourd'hui de réparer les LC-A usées dans le workshop installé à l'ambassade Lomo à St. Pétersbourg.

La Société Lomo, toujours fidèle à la production de cet appareil depuis sa découverte à Prague, a rapidement réagi et réinstauré la fabrication du LC-A, en conservant ses attributs classiques tout en l'améliorant. Le LC-A+, héritier du LOMO LC-A russe, porte l'histoire de son prédécesseur le LC-A, cette fois-ci fabriqué dans le bastion photographique chinois.

Une LOMO LC-A originale rénovée et le LC-A+

Pour en savoir plus sur le parcours du LOMO LC-A, dirigez-vous vers ce lien

Lectures complémentaires :

LOMO LC-A's Father: The Cosina CX-2
The Great LC-A and LC-A+ Masters
Going Back to the Birthplace of LOMO LC-A
The Non-Lomographic Use of My Lomo LC-A
A BBC Documentary: The Lomo Camera, Shoot from the Hip
How to do Easy Multiple Exposures with your Classic LC-A!

Pour des précisions d'ordre technique et d'autres infos sur l'appareil, visitez le microsite du LC-A. Vous pouvez aussi lire le microsite du LC-A+, la version moderne et améliorée de l'appareil compact russe.

2017-03-21 #équipement #culture

Un commentaire

  1. frenchyfyl
    frenchyfyl ·

    Belle histoire !

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