HIC SUNT DRACONES - le Transsibérien à l'argentique avec Thibaud Gomes-Leal : de Moscou à Pékin

2016-12-01 2

Le Transsibérien est pour beaucoup un mythe. Pour certains, ce train mythique rime avec promesses, pour d’autres il est synonyme de départ. Thibaud nous entraîne avec lui à la découverte de cet Eldorado des voyageurs, de Moscou à Pékin. Pendant quelques semaines, il s’est laissé entraîner loin de son quotidien, dans des lieux “qui n’appartiennent qu’aux territoires de l’imagination.” En route pour une Odyssée argentique..

Il y a des lieux comme ça, qui n’appartiennent qu’aux territoires de l’imagination. On les fréquente, de temps à autres, on les approche, et on les quitte, pour mieux y revenir plus tard, quand notre esprit y sera favorable.

Pour moi, le Transsibérien était un de ces lieux. Irréel, mystérieux, magique, lointain et inatteignable. Mais un jour, comme un pari fou lancé à moi-même, je me suis mis en tête de le faire, d’aller vivre cette ligne de chemin de fer partant de Moscou, traversant la Russie entière, pour aller s’échouer de l’autre coté du monde, ou en tout cas, du mien.

« Ici sont des dragons »

Cette phrase utilisée sur les premières cartes du monde, à des endroits encore inconnus de l’homme civilisé, était censée dire que vu qu’on ne savait pas ce qu’il y avait la-bas, il pourrait tout aussi bien y avoir des dragons.

Et je n’ai jamais autant ressenti le sens de cette phrase que lors ce voyage d’un mois, de mi-septembre à mi-octobre 2016, qui m’emmena de Moscou jusqu’à Pékin, en passant par la Mongolie.

Je suis partie avec le minimum, mon gros sac sur le dos, des bouquins, de quoi écrire, ma peur au ventre, mon esprit le plus ouvert possible, des pellicules Lomography 400 et Ektar 100, et mon Canonet QL17 avec lequel on apprenait encore à se connaitre… Il m’a fait des sales coups sur les portraits des magnifiques personnes que j’ai pu rencontrer, mais il fut un fidèle compagnon, encaissant sans broncher les conditions difficiles, tout ça pour une belle photo.

Au final, ces quelques clichés espèrent offrir un petit aperçu et un résumé de cette expérience irréductible, qui a changé m’a façon de voir le monde, et de le prendre en photo.

Moscou

Massive et impressionnante, la capitale m’a demandé de la patience avant de dévoiler ses charmes, mais j’ai eu la chance de pouvoir errer aux abords des bâtiments officiels le jour de fermeture des musées. Ça m’a bien aidé à saisir la beauté des grands espaces que j’avais sous les yeux, laissés vides, dans l’attente qu’on leur redonne leur sens.

Pour contraster, les petites enclaves de tranquillité que j’ai pu trouver dans les monastères, les églises et les parcs immenses cassent assez efficacement l’apparente laideur des bâtiments, et invitent gentiment à la méditation.

Villes

Hormis Moscou, j’ai eu du mal à me dire que les autres villes russes que j’ai visité étaient belles.

Si elles ont toutes une église orthodoxe et un Kremlin qui vaut le détour, le reste est bien souvent un amas de bâtiments vétustes et tristes. Mais au final, au bout de tes balades, tu finis par leur trouver un truc à ces barres d’immeubles, ces parcs défraîchis et ces artères bouchées de voitures dont l’odeur te prend la gorge à longueur de journée. Une espèce de poésie glaciale, un peu déprimante mais qui te donne le sourire.

Et si les villes ne font pas rêver, le reste du pays le fera, surtout en automne. Là où les vagues de forets sibériennes jonglent entre vert, orange et rouge, pour n’être arrêtées que par la Volga, l’Ob, le Ienisseï ou un autre fleuve au nom doux.

Voyage

J’ai toujours adoré les trains. Le principe, le rythme, l’esprit. Et je suppose que si tu décides de faire le Transsibérien, t’as intérêt à aimer être sur des rails.

Ce voyage était un peu l’expérience ultime de l’adorateur de train que je suis, et j’allais enfin savoir si passer 3 jours non-stop à regarder le paysage défiler sous mes yeux, c’était vraiment un truc pour moi.

Ce qui est fascinant avec cette ligne du Transsibérien, c’est toute la vie qui tourne autour. Entre les prodvonista (l’hôtesse de wagon), les mécaniciens, les petits stands de nourritures sur les quais ouverts pendants les arrêts, ceux qui vendent leurs plats à la sauvette, ou simplement les voyageurs eux-mêmes, c’est simplement fascinant.

C’est un petit monde fait d’échanges, de partage, de routine et d’introspection. A mesure que tu traverses la Sibérie à la vitesse d’un TER, et que ton esprit s’evade dans le défilé des horizons, c’est un peu toi que tu sondes.

« L’abime appelle l’abime » comme dirait l’autre.

Baïkal

Le lac Baïkal était l’un des arrêt obligatoires de mon voyage, une sorte d’oasis après les jours de train. J’ai même poussé le vice plus loin, et suis allé m’isoler trois jours sur l’ile d’Olkhon, située au milieu du lac.

Un endroit entre Russie et Mongolie, où le chamanisme fait son apparition, où les chiens hilares te suivent à la trace, et où entre le lac, les roches tapissées de lychen, les forêts de sapins et les collines d’herbes sèches, les couleurs sont juste une invitation à un émerveillement perpétuel.

Mongolie

C’est là que j’ai quitté le tracé du Transsibérien, qui aurait du m’emmener jusqu’à la rive Pacifique de la Russie et à Vladivostok, pour m’enfoncer au sud vers la Mongolie et la Chine, grâce au Transmongolien. L’opportunité était trop belle de visiter ces deux pays, et 3 semaines de Russie m’avait aussi donné l’envie d’autres rencontres, d’autres images… Et peut-être d’un choc culturel plus violent.

Il faut avouer que l’arrivée dans la capitale polluée et grinçante d’Oulan-Bator ne rend pas justice au pays. Un peu à l’image des villes russes, la beauté se trouve dans les immeubles pastels vieillissants, et les saynètes de rues. Mais la plupart des gens s’extirpe vite du vacarme pour filer vers le désert de Gobi au sud, ou les montagnes au nord.
J’ai choisi la dernière option, et une retraite enneigée dans une vallée à quelques heures de « UB ». Là-bas, les pins dorés perdent leurs aiguilles sur la neige encore fraiche, les chiens sont toujours aussi fous, et les monastères sont nichés au fond de vallées silencieuses.

Chine

Après une semaine de Mongolie, dernière ligne droite, dernières heures dans le train, pour atteindre finalement la destination finale de mon voyage : Pékin.
Après 8000 kilomètres de rail, 126 heures de trajet et 3 pays, j’avoue que le sédentaire au fond de moi n’était pas fâché d’arriver au bout de ma partie ferroviaire.

Pour une ville de plus de 20 millions d’habitants, je m’attendais à du bruit, du monde et de la tension… J’ai été surpris d’y trouver tout autre chose. Alors bien sûr, la foule et l’excitation urbaine sont bien là, mais la profusion de temples, de jardins, et de petites rues te fait souvent oublier que tu te trouves dans l’une des capitales les plus effervescentes du monde.

De plus, si t’es un peu curieux, tu peux assez facilement te rendre compte de la richesse visuelle de la ville, dans la vie captivante des hutongs, la beauté des toits de tuiles, et les couleurs criardes des cantines à même le trottoir.
Pékin fut finalement un peu à l’image de ce voyage : monumental, pluriel, généreux, passionnant de bout en bout, et captivant toujours.
Et si mes quelques photos vous ont au moins donner envie d’aller voir à quoi ça ressemble, elles auront réussi leur mission.

Après un cursus ciné prépa/fac à bouffer des images, Thibaud s’est mis au montage en autodidacte, histoire d’en bricoler un peu. Il bricola tellement qu’il a fini par sortir deux court-métrage documentaires, plusieurs mash-ups et une websérie, HUB, tout ça visible sur sa chaîne Vimeo. A coté de ça, des inconscients l’ont laissé écrire pour le super blog du Dailymars, et pour Allociné et l’émission « Aviez-vous remarqué ? ». Il essaie aussi de montrer des jolies choses sur son Instagram, et de mettre en avant le bon ciné sur son Twitter. Et vous pouvez aussi découvrir sa LomoHome !

écrit par mpflawer le 2016-12-01 dans #culture #people #lieux #photography #roadtrip #argentique #russie #transsiberien

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2 commentaires

  1. theblues
    theblues ·

    ça fait bien voyager, superbe histoire!

  2. argentic-translation
    argentic-translation ·

    Merci pour le voyage =)

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