Girl power : interview avec Jessica M. Kirk (NSFW)

2016-09-05 1

Jessica M. Kirk est l’auteure de nus féminins magnifiques qui rendent hommage à la beauté de la femme grâce à une combinaison parfaite entre lumière et délicatesse. Depuis qu’elle a découvert la photographie argentique, sa vie a changé et elle continue de nous émerveiller avec son art. Dans cette interview, Jessica nous parle du processus créatif derrière chacun de ses shootings et nous ouvre les portes de son intarissable inspiration.

© Jessica M. Kirk

Quand as-tu pris ta première vraie photo ? Etait-ce le début de ton aventure photographique ?

J’avais à peu près 17 ans (il y a donc 10 ans) quand j’ai réellement commencé à penser aux photos que je prenais. J’ai débuté avec un Olympus Trip que j’avais acheté en friperie pour 3$. Avant ça, je prenais surtout des photos de mes amis de manière un peu compulsive, d’abord avec des jetables quand j’étais petite, puis avec des compacts numériques basiques durant mon adolescence.

© Jessica M. Kirk

Qu’est-ce qui t’as attiré vers l’argentique ? Quels appareils as-tu utilisé jusqu’ici et lequel préfères-tu pour travailler ?

J’aime le fait que l’argentique m’immerge au plus proche du côté organique de la création. J’aime travailler pour mon art. La société contemporaine nous pousse à vivre dans la vitesse et elle nous rend obsédés par la gratification instantanée. Moi j’aime gagner cette gratification, la mériter. C’est ce que me procure l’argentique. En ce qui concerne ma collection, j’ai beaucoup trop d’appareils mais je dirais que mes préférés sont : le Canon EOS 500 pour le portrait, le Yashica T4 et l’Olympus Stylus pour les voyages ou les photos entre amis. J’aime également le Asahi Pentax K1000 quand j’ai besoin de laisser le EOS 500 de côté. Enfin, le Canon AE-A, un appareil de choix pour tous les photographes qui travaillent à l’argentique.

© Jessica M. Kirk

Comment te sens-tu vis-à-vis de l’autoportrait ? Tu es plus détendue devant ou derrière l’objectif ?

Les autoportraits sont essentiels. Je suis à l’aise devant l’appareil ; je suis à l’aise avec moi-même. Mais je préfère être derrière l’objectif car c’est de là que je peux contrôler la vision, orienter le regard.

© Jessica M. Kirk

Oui, la société devient de plus en plus tolérante avec la nudité. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Le féminisme et les mouvements positivistes vis-à-vis du corps et de la sexualité font beaucoup pour démanteler ces stigmates.

© Jessica M. Kirk

Qu’est-ce qui déclenche ta créativité ? Comment fais-tu pour lui donner vie ? Qu’est-ce que tu veux véhiculer à travers tes photos ?

Je trouve mon inspiration dans le mouvement de la Nouvelle Vague française, le cinéma d’art. C’est de là que proviennent mes influences esthétiques – des productions à petit budget shootées dans les appartements de mes amis, des expérimentations avec les pellicules, les couleurs. Ça va aussi de pair avec mon approche philosophique de certains thèmes sociétaux. Cependant, puiser dans ce patrimoine soulève quelques problèmes : dans la Nouvelle Vague, il y a clairement un manque de représentativité des femmes de couleurs, et il faut aussi noter le fait que les muses de ce mouvement s’expriment à travers le prisme masculin de ses auteurs. Je veux véhiculer de la force et de la vulnérabilité.

© Jessica M. Kirk

Tu es à l’auteure de portraits de femmes exceptionnels, et la nudité fait partie intégrante de ton travail. Comment fais-tu pour que tes modèles se sentent belles et en confiance lorsqu’elles doivent se déshabiller ? Est-ce que tu penses que la société devient plus tolérante vis-à-vis de la nudité ?

Généralement, les modèles connaissent mon travail et mon univers avant qu’elles acceptent de poser. Mais j’aime bien organiser une première rencontre autour d’un café, avant le shoot, pour que tout soit bien clair et que tout se passe bien le jour de la séance. C’est l’occasion de discuter de ce qui est faisable ou non pour la modèle. Ça me permet également de saisir l’histoire de la personne, sa personnalité, en fonction de quoi j’adapte ma démarche pour que cela ressorte sur les photos. Je suis une grande défenseuse des mouvements positivistes sur le corps et la sexualité, et je pense que ça met beaucoup mes modèles à l’aise. Oui, la société devient de plus en plus tolérante avec la nudité. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Le féminisme et les mouvements positivistes vis-à-vis du corps et de la sexualité font beaucoup pour démanteler ces stigmates.

© Jessica M. Kirk

Je vois que tu as étudié les sciences sociales, en plus de ton travail de photographe. Est-ce difficile de réussir et de trouver un équilibre entre ces deux activités ? Faut-il faire des compromis sur certaines choses pour pouvoir continuer de faire les deux ?

J’ai été diplômée récemment, mais quand j’étudiais encore, c’était très dur de gérer les deux. Mon cerveau ne sait plus comment s’éteindre. Ma majeure était en sociologie et en études des religions, et ma mineure en études afro-américaines et internationales – beaucoup de théorie. Mais mes études m’ont beaucoup apporté pour la photographie en terme de paradigme, d’approche, de visions. Je suis très têtue, donc j’ai toujours tout fait pour arriver à gérer les études et la photo, sauf quand c’était vraiment impossible. Je me suis toujours assurée d’obtenir les notes nécessaires, tout en continuant mes recherches créatives ; mes deux activités s’entrecroisaient. Mais au-delà de la coloration sociale que revêt mon travail, ma démarche est en fait une exploration de la beauté. Ces exercices esthétiques sont comme une thérapie qui m’offrait un bel échappatoire lorsque je devais écrire des essais sur la guerre et les conflits internationaux.

© Jessica M. Kirk

Tu as mentionné des shootings récents. Qu’est-ce qui t’as inspiré cette fois pour prendre ces photos ? Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus à propos du processus créatif derrière tes séances ?

Je vis aux Etats-Unis depuis l’année dernière, à Seattle, dans l’état de Washington. J’ai terminé mes études à l’Université de Washington. Seattle est une ville très spéciale, je m’en suis rendue compte. Pleine de personnes dynamiques et inspirantes. J’ai été intégré à cette communauté dès mon arrivée. J’y ai rencontré des femmes qui incarnent ce que l’inclusivité et la solidarité féminine veulent dire. Elles m’ont réellement inspiré. Seattle m’inspire.

© Jessica M. Kirk

Selon toi, quel est l’aspect le plus positif dans le fait d’être photographe ? Si tu n’étais pas photographe, comment exprimerais-tu ta créativité ?

Pour moi, et selon ma démarche, le meilleur aspect est le fait de construire une certaine solidarité, de créer des connections avec d’autres femmes. Si je n’étais pas photographe, je pense que je me pencherai vers le cinéma. J’adore le cinéma. J’ai eu l’occasion de travailler sur des projets d’interview avec les femmes que j’ai photographié récemment et j’en ai finalement fait des petits films. Je suis actuellement en train d’éditer et de monter ça, Godard et Varda en arrière-plan…

© Jessica M. Kirk

Toutes les photos publiées dans cet article ont été utilisées avec la permission de Jessica M. Kirk. Si vous voulez voir son travail plus en profondeur, suivez-la sur Instagram, ou visitez son Tumblr.

écrit par Ivana Džamić le 2016-09-05 dans #people

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Un commentaire

  1. argentic-translation
    argentic-translation ·

    Vraiment un beau travail, tout en douceur.

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